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vante nous nous fîmes conduire vers la Montagne, où, fur l'idée qu'onnous avoit donnée de fa distance, nous comptions de nous rendre vers la pointe du jour.

Notre marche fut beaucoup plus longue. Il fe trouva tant de ravines & de défilés, tant d'endroits fi difficiles à monter & à defcendre, que la fatigue nous contraignit plufieurs fois de nous arrêter. Nous n'avions pas fait la moitié de la route lorfque le jour vint nous furprendre, & n'a 'ayant apporté des provifions que pour vingtquatre heures, nous ne voulûmes point nous engager plus avant fans nous être affurés de ne pas manquer du néceffaire. Ainfi nous attendîmes au même lieu le retour d'une partie de nos Indiens, , que nous envoyâmes chercher des vivres. Ceux qui nous reftoient pafferent le jour à la chaffe avec les gens de notre Equipage. Ils tuerent deux ours d'une énorme groffeur, & quantité d'autres animaux fauvages dont nous tirâmes peu d'utilité. Mais la plupart des oiseaux, dont ils nous rapporterent un fort grand nombre, fe trouverent d'un goût délicieux. Les

23 provisions étant arrivées avant la nuit, nous nous remîmes en marche avec de nouvelles difficultés, & ce ne fut que le lendemain à midi que nos Guides nous montrerent le terme de notre voyage.

La Montagne étoit fort efcarpée du côté qui regardoit le Pays des Mufchetos, & les fentiers fi étroits que nous commençâmes à craindre de ne pouvoir faire ufage de nos forces contre les Efpagnols, fi nous les trouvions en état de nous difputer le paffage. En avançant par divers détours, nous eûmes entre les rochers une échappée de vûë, qui nous fit découvrir, à plus de quatre ou cinq lieues, les tours ou les clochers d'une Ville que nous prîmes pour Truxillo. Les Mufchetos, qui nous conduifoient, ne la connoiffoient pas mieux que nous. Enfin toù

chant au lieu où ils nous affurerent qu'ils avoient vû & tué plus d'une fois des Efpagnols, nous détachâmes quelques-uns des plus hardis pour obferver les environs. Allen, Soldat réfolu de notre Equipage, s'offrit à les accompagner. Il nous rapporta bienτότ que dans un endroit plus ouvert

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de la Montagne, il avoit apperçu vingt ou vingt-cinq Efpagnols, qui paroiffoient occupés de quelque travail, & qu'en ayant vû plufieurs fois. difparoître une partie, il ne doutoit pas qu'ils ne defcendiffent fous térre par quelques ouvertures, qui devoient être celles d'une mine.

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En quelque nombre que nous puffions les fuppofer, il n'étoit point à craindre que des Ouvriers fuffent affez bien armés pour résister à quatre-vingt hommes qui l'étoient parfaitement, & qui auroient l'avantage de les furprendre. Nous réfolûmes d'aller ouvertement à eux, & de ne pas les épargner s'ils entreprenoient de fe défendre. La difpofition du terrain ne permettoit guéres qu'ils nous apperçuffent à plus de cent cinquante pas. Mais au lieu de penfer à la défense ou à la fuite, ils n'eurent pas plûtôt reconnu le danger, qu'ils defcendirent en confufion dans leurs trous. Une: maniere fi nouvelle de fe dérober à l'ennemi nous fit beaucoup rire; d'autant plus qu'ils avoient laiffé leurs habits & leurs armes aux environs de leur azile. Tout nous confirmant dans

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l'idée que ce ne pouvoit être qu'une mine, il étoit question de profiter malgré eux de cette découverte. Quelques-uns de nos plus braves Soldats nous offrirent de defcendre le piftolet au poing. Mais comme c'étoit expofer trop imprudemment leur vie parce que les Efpagnols avoient retiré les échelles, M. Rindekly, après avoir obfervé qu'il n'y avoit que trois ouvertures à la mine, dans un efpace qui n'avoit guéres plus de quarante pas, prit une réfolution dont le fuccès n'étoit pas incertain. Il fit boucher deux de ces trous avec des branches d'arbres croisées, qui furent couvertes de terre, enfuite ayant fait ramaffer tout ce qu'il y avoit de combuftible aux environs, il y fit mettre le feu, & tout ce qui s'enflamma fut jetté par le-feul des trois trous qui de meuroit ouvert. La fumée, qui ne manqua point d'épaiffir bien-tôt l'air, mit les Efpagnols en danger de périr. Ils nous marquerent leur confternation par des cris lamentables, qui vinrent jufqu'à nos oreilles. Nous ceffames alors de jetter du bois enfammé par le trou. Ils y drefferent

leur échelle, dont nous vîmes paroître le fommet. Un d'entr'eux se hâta d'y monter, & nous appercevant autour de lui lorsqu'il eut mis la tête hors du trou, il joignit les mains d'un air confterné, pour nous demander la vie.

Nous le preffàmes dans fa langue, de fortir tout-à-fait. Il parut fe raffurer en nous reconnoiffant pour des Anglois. Je lui dis qu'il devoit être fans crainte, s'il nous répondoit fincérement. Ma premiere queftion regarda le nombre de fes compagnons. Il m'affura qu'ils n'étoient que vingtdeux. Mais avant que je puffe continuer mes demandes, ils fe préfenterent fucceffivement à l'ouverture avec tant de précipitation & de marques de frayeur, qu'ils nous parurent peu capables de nous caufer de l'embarras. D'ailleurs, ils étoient défarmés, & dans l'état d'une troupe d'ouvriers qui fortent du travail. A me→ fure qu'ils fe montrerent au jour, nous leur donnâmes à chacun, deux de nos gens pour gardes. Ils fortirent enfin jufqu'au dernier, & leur nombre n'étoit effectivement que de vingt-trois.

Nous leur fîmes alors des interro

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