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gations plus tranquilles. Leur Chef, qui étoit une forte d'Officier militaire, nous dit qu'il étoit employé par deux riches Négocians de Truxillo, qui ayant découvert des mines d'or fur les Montagnes, y faifoient travailler depuis deux ans, avec une Commiffion du Viceroi de la Nouvelle Efpagne; que la peine & les frais avoient furpaffé long-tems le profit; mais que dans le lieu d'où il fortoit, & qui n'étoit ouvert que depuis quelques femaines, ils avoient trouvé de quoi fe dédommager de toutes leurs avances; que la mine étoit riche, & qu'elle le devenoit tous les jours de plus en plus. Dans la joie que nous reffentîmes de ce difcours, nous demandâmes d'abord affez avidemment, quelle quantité d'or ils avoient. Leur réponse fut qu'on venoit tous les matins de Truxillo pour recueillir le fruit de leur travail; qu'on avoit emporté le même jour environ deux marcs d'or, du moins autant que l'expérience pouvoit leur faire juger de la valeur des alliages, & qu'ils en avoient tiré prefqu'autant depuis le départ de leurs Infpecteurs.

Nous ne doutâmes point de la finca-rité d'un recit que nous étions en état fur le champ de vérifier. Mais avant que de vifiter la mine, nous tînmes confeil, M. Rindekly & moi, fur la conduite que nous devions obferver pour notre interêt & notre fûreté.

En fuppofant la vérité de ce que nous venions d'entendre, il n'y avoit aucun doute que nous ne puffions tirer un avantage confidérable de notre découverte. Les vingt-trois Efpagnols étoient fi peu capables de nous arrêter que nous pouvions les employer eux-mêmes à travailler pour nous. Mais nous n'ignorions pas que Truxillo étoit une Ville affez confidérable & gardée par quelques Troup es Efpagnoles. Les Infpecteurs venoient tous les jours au matin. Il étoit impoffible de les tromper,& beaucoup plus encore de nous défendre contre un corps de troupes reglées, qui ne pouvoient manquer d'avoir de grands avantages fur nous par les armes & par le nombre. Cependant 'après de longues réflexions, nous ne vîmes point d'autre parti à choifir, que d'attacher & les vingt-trois Efpagnols &

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tous nos gens au travail pendant le refte du jour, & de nous faifir le lendemain des Infpecteurs pour nous procurer encore la liberté de travailler le jour fuivant. Les foupçons ne pouvoient naître à Truxillo que dans l'après midi, c'est-à-dire vers le tems où l'on étoit accoutumé à voir arriver les fruits de la mine; & la diftance étant de quatre lieues, nous ne devions pas craindre qu'on eût le tems de nous interrompre avant la nuit.

Nous nous arretâmes à cette réfolution. M. Rindekly fit déboucher auffi-tôt toutes les ouvertures de la mine pour donner paffage à la fumée, & fe faifant préceder de l'Officier Efpagnol, il defcendit après lui par la plus commode des trois échelles: il revint au bout d'un quart d'heure, & m'apporta une poignée du prétieux métal pour lequel nous n'avions pas moins de goût que les Sujets du Roi d'Espagne. Nous expliquâmes nos intentions à l'Officier, & nous lui donnâmes la plus grande partie de nos gens pour l'aider dans fon tra vail, tandis qu'avec le refte nous fimes foigneufement la garde au dehors.

Nous ne pouvions espérer des richeffes immenfes d'un travail de vingt quatre heures, avec quelque ardeur qu'il fût pouffé. Cependant la veine fe trouva heureufement fort abondante, & n'ayant pas manqué de forcer les Efpagnols à continuer l'ouvrage pendant la nuit, nous jugeâmes le lendemain au matin que notre voyage feroit fort-bien recompenfé. Toutes nos réfléxions avoient roulé dans cet intervalle fur les moyens de tirer plus d'utilité d'une fi belle découverte; mais quand nous nous ferions fuppofés maîtres du Païs des Mufchetos ou capables d'y amener des forces plus confiderables, la fituation des montagnes ne nous auroit jamais permis d'approcher des mines malgré les Efpagnols, & nous ne pouvions douter que fur le prémier avis qu'ils alloient avoir de notre entreprife, ils ne priffent des méfures certaines pour empêcher qu'elle ne pût être renouvellée. Cependant il y a beaucoup d'apparence qu'avec un peu de recherche & d'induftrie, on trouveroit d'autres mines dans les montagnes qui font moins

avancées, & dont l'accès eft plus facile.

Les Infpecteurs de Truxillo furent extrêmement furpris, en arrivant fur les neuf heures du matin, de fe voir arrêtés par des Anglois. Ils étoient trois, & leur crainte fut dabord pour leur vie. Nous les raffurâmes, & notre politeffe alla jufqu'à les faire déjeuner avec nous. Ils eurent le régret de nous voir emporter la nuit fuivante tout ce qu'un travail obstiné nous avoit pû faire tirer de la mine: mais le nôtre fut beaucoup plus vif d'abandonner un lieu fi riche. Sur le calcul qu'ils firent euxmêmes, par la connoiffance qu'ils avoient du produit ordinaire, ils jugerent que notre butin pouvoit monter à quarante marcs; fomi e legere à la vérité, mais qui renouveliée toutes les vingt-quatre heures nous auroit bien-tôt compofé un riche tréfor. Nous reprîmes notre route au travers des précipices par lefquels nous étions venus, & la connoiffance que nous en avions acquife rendit notre retour plus facile. Jayo n'avoit pas perdu un moment pour mettre no

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