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Le livre de Phurnutus sur la Nature des Dieux n'est rempli que d'allégories , & n'est presque d'aucun usage pour un Mythologue. L'ouvrage du Philosophe Salluste, est un Traité très-succinct , mêlé de Morale & de Physique, qui ne contient rien ni d'instructif, ni de singulier. On peut juger sur le seul titre du livre d'Heraclide de Pont, intitulé Les Allégories d'Homere, du cas que l'on doit faire de cet ouvrage. Les trois premiers Livres de Planciade Fulgence, Mythologue latin , peuvent être lùs avec utilité. L'ouvrage de Lactance Placide ne contient que les Argumens abrégés des Métamorphoses d'Ovide , & celui du Philosophe Albrïcus la maniere de représenter les Dieux avec leurs symboles. Ce que nous avons de Ptolomée Ephestion n'est que le sommaire des sept livres qu'il avoit composés sur la Mythologie, & par ce qui nous en reste, nous devons regretter la perte de cet ouvrage. Celui de Parthenius de Nice a cela de bon qu'il tire d'anciens Auteurs les histoires fabuleuses qu'il raconte, mais il n'en contient pas un grand nombre. Les Métamorphoses d'Antoninus Liberalis font d'un mérite bien inférieur à celles d'Ovide, mais il en rapporte quelques unes dont le Poëte latin ne parle pas.

Pour venir maintenant aux Mythologues modernes , je vais dire ce que je pense de ceux que j'ai lûs. Je mers à leur tête Natalis Comes, Auteur sçavant, & qui nous dispenseroit peut-être de travailler sur le même sujet , si trop prévenu pour les sens allégoriques & moraux des Fables, il s'étoit un peu plus appliqué à n'en pénétrer que l'histoire. Il manquoit d'ailleurs des secours que les Bochart, les Vossius, & tant d'autres nous ont fournis depuis par leurs sçavantes découvertes. La Mythologie de Cartari , continuée

par

du Verdier, n'a rien de bien instructif, ni de bien digéré. La Généalogie des Dieux par Bocace, a cela de particulier , que l'Auteur a connu & cité des livres qui ne se trouvent plus aujourd'hui. L'ouvrage de Lylio Gyraldi est très - bon pour ce qu'il contient ; mais outre qu'on n'y trouve pas tous les sujets qui doivent entrer dans une Mythologie, il a négligé l'histoire renfermée dans ses anciennes fictions ; ce qu'il a de meilleur est la liste des surnoms des Dieux dont

1

il parle, & qui paroît faite avec beaucoup de soin, quoia qu'il ait souvent négligé de donner l'explication de ces noms. Le Commentaire de Vigenere sur les Tableaux de Philostrate est très-sçavant, mais trop mélé de Physique & de Morale, & dans un langage qu'on ne parle plus.

ARTICLE I I.

Quels écueils il doit éviter, Apres avoir traité des connoissance préliminaires que doit acquérir un Mythologue, je vais lui montrer les écuils qu'il doit éviter , par rapport aux systêmes qu’on a inventés pour expliquer les Fables ; car comme il n'y en a aucun qui farisfasse à toutes les difficultés ; point de régles générales qui puissent servir dans toutes les occasions ; on peut affører cependant qu'il n'y a aucun de ces systêmes dont on ne puisse tirer quelque utilité.

Un des premiers & des plus anciens est celui des Philoqu'ont propo

sophes Platoniciens, qui pressés par les objections des Apotés les Sça- logistes de la Religion Chrétienne, dont l'objet étoit de leur expliquer les prouver l'absurdité du Paganisme par celle des Fables qui en Fables, faisoient le fond, prétendirent que ces Fables n'étoient que

des allégories qui cachoient de grands mystéres, & fur tout celui des productions differentes des causes secondes , animées par le même esprit qui les avoit développées & tirées du cahos où elles étoient confonduës : que ce grand nombre de Dieux, dont on leur reprochoit le culte, n'étoient que des Génies d'un ordre inférieur au premier moteur , qui leur avoit confié le soin de gouverner le monde ; & qu'enfin des choses qui paroissoient ou absurdes ou obscénes , cachoient seulement le mystère de la génération des plantes & des animaux.

Mon objet n'est point de rapporter ici les réponses des Peres, qui prouvoient à ces Philosophes que les Fables étoient de véritables histoires de leurs Dieux, dont on s'avisoit trop tard de couvrir les crimes par d'ingénieuses allégories; ni ce qu'ils répliquoient aux Stoïciens , qui n'abandonnoient la

Religion

Examen des Systémes

6.

1.

Religion établie, qu'en se jettant dans l'athéisme , & ne reconnoissant d'autre divinité qu’un Esprit universel, étendu comme la matiere qu'il animoit : ce que Virgile (1) a exprimé (1) Æncid. * dans ces deux vers.

Spiritus intùs alit , totamque infusa per artus

Mens agitat molem, & magno se corpore miscet. Tel étoit en effet le sentiment favori des Stoïciens (2), de (2) Cic. La Straton , de Protagoras , de Pline, renouvellé depuis par Deble Nasa Spinosa. Mais le systême que je viens d'exposer , quoique faux en général , parce que les Fables n'ont jamais été un ouvrage médité, ni composé pour faire un tout , explique cependant d'une maniere très-ingénieuse, les allégories qu'elles renferment quelquefois ; & Platon lui-même, le maître des Philosophes qui formerent ce fyftême, en avoit expliqué quelques unes sur ce principe.

Quelques Sçavans du dernier siécle ont pris une autre route pour pénétrer le sens des Fables. Le Pere Kirker a prétendu en trouver le dénouement dans l'explication des Hiéroglyfes, ou de la langue facrée des Egyptiens ; & cette prétention est fausse en général , & nullement sûre, par le peu de connoissance que nous avons de ce langage mystérieux, & parce qu'en effet toutes les Fables ne sont pas originaires d'Egypte. Cependant, comme ce pays a été peuplé des premiers , &

peu
de

temps après la dispersion des fils de Noë, &

que les Fables paroissent aussi anciennes que cette premiere séparation, puisque l'Idolatrie avec laquelle elles sont liées, commença alors , rien n'est plus utile pour leur intel- x ** ligence, & pour mettre le Mythologue en état de les expliquer, que

, que la connoissance de la Religion & des Cérémonies de cet ancien Peuple ; & pour cela l’@dipus Ægyptiacus de ce sçavant Jésuite peut être lû avec utilité.

Le célébre Bochart a cru trouver l'explication de la plûpart des Fables dans les équivoques de l'ancienne langue des Phéniciens ; mais son système seroit insoutenable si on l'étendoit trop. Toutes les Fables n'ont pas été inventées par les Phéniciens , & nous ne pouvons pas nous affûrer d'entendre assez leur langue, pour réussir à expliquer celles qu'ils inventerent, Tome 1.

B

Cependant il est certain que les Phéniciens sont les premiers Peuples qui ont exercé le commerce & la navigation. D'ailleurs on ne sçauroit douter qu'on n'ait trouvé dans presque toutes les Illes de la Méditerranée , sur les côtes de l'Alie mineure, dans la Gréce, & jusqu'au fond même de l'Espagne, des marques de leur séjour dans ces différens Pays, & des vestiges de leur Religion: & dès là quelles lumieres la connoissance des Langues ne peut-elle pas répandre sur les Fables , & quels secours ne peut-on pas tirer des ouvrages de ce sçavant homme ? Que d'explications heureuses n’a-t'il pas données lui-même , ou n'a-t'il

pas

fournies à M. le Clerc en particulier , & à tant d'autres ?

Le systême de ceux qui rapportent toutes les Fables à l'Ecriture Sainte mal entendue , & à des traditions corrompues, est certainement faux , lorsqu'il est pris dans sa généralité. 11 y a dans les Fables une infinité de choses qui n'ont aucun rapport avec les faits qu'on trouve dans les Livres Saints ; lefquels d'ailleurs étoient conservés par un Peuple jaloux de sa Religion , nullement communicatif , fort méprisé, & peu connu avant les conquêtes d'Alexandre. Cependant il est aisé de fe convaincre par la lecture des ouvrages du P. Thomassin, de M. Huet, de l’Auteur de l'Homere Ebraizant, dans le livre intitulé Theologia Gentilis , de Daniel Clasenius , dans

la Conférence de la Fable avec l'Ecriture Sainte, & plus *** encore dans les Réféxions de M. Fourmont l'aîné sur les

anciens Peuples , qu'on peut réüllir à découvrir dans les anciennes fictions, quelques restes des traditions des Hébreux.

Mais, pour dire ici ce que je pense sur ce sujet , il n'y a auscun des Auteurs que je viens de nommer, qui ne soit allé

trop loin. Il est dangereux de se laisser éblouir par les premieres lueurs de ressemblance qui nous frappent, & c'est un écueil contre lequel de sçavans hommes ont échoué. Si feu M. l'Evêque d'Avranches s'étoit contenté de dire qu'il n'étoit pas difficile de trouver quelques rapports entre Moïse & le Mercure des Grecs ; rapports d'ailleurs qui pouvoient fort naturellement se trouver entre deux personnes, soit dans le caractére , soit dans quelques unes de leurs actions, il seroit louable d'en avoir fait le parallele ; mais que charmé de cette découverte, il l'ait poussée jusqu'à croire que le Législateur des Hébreux avoit été le modele de presque tous les Dieux des Payens, comme Marie sa fæur, ou Sephora sa femme, celui de toutes leurs Déesses ; c'est un de ces écarts où une trop grande érudition jette quelquefois. (a)

Que les voyages d'Abraham & ceux du même Moïse ayent été connus des Payens, c'est un fait qu'il ne seroit peutêtre pas difficile de prouver ; mais que ces voyages & les prodiges qui y furent opérés, ayent été l'objet des anciens Poëtes dans l'histoire de Jason, & de l'expédition des Argonautes, c'est une prétention que tous les efforts d'un Auteur moderne n'ont pu rendre probable. (1)

(1) Confér, De même, quoiqu'il soit certain que ce n'est point du sein de la Fable

. de l'erreur qu'est sortie la vérité, mais que c'est la vérité elle-Sainte. T. 2. même mal entenduë, qui a produit ce grand nombre de Fables qui ont séduit pendant plusieurs siécles l'univers presque entier ; & que par conséquent ceux qui ont cherché à découvrir cette ancienne vérité dans le fond même de l'erreur, soient dignes de louanges , on ne sçauroit s'empêcher de les blâmer d'avoir voulu porter trop loin leurs conjectures : comme d'avoir avancé, par exemple, qu'on trouvoir des vestiges du mystére de la Trinité, ou dans les ouvrages de Platon, ainsi que S. Justin , Eusebe, Clement d'Alexandrie, & quelques autres se le sont imaginé; ou dans les figures hyeroglyfiques de la Table Isiaque, comme d'autres l'ont cru ; ou dans les Divinités des anciens Germains, ainsi que l'a avancé Cluvier; ou dans les trois principaux Dieux des Indes Orientales , Bruma, Vichnou & Routren ; ou dans l’Idole à trois têtes du Japon; ou dans celle du Perou, nommée Tanga-Tanga, nom qui , selon Acofta , signifie un en trois , ou trois en un ; c'est vouloir se distinguer par de sçavantes fingularités, aux dépens de cette même vérité qu'on se fait honneur de chercher. Dieu auroit-il révelé à ces Peuples cet ineffable mystére, d'une maniere plus claire qu'il ne l'avoit révelé aux Hebreux?

Que tous les hommes qui habitent la terre , soient fortis

(a) Voyez la quatorziéme source des Fables C. s. où l'on développe plus au long tette pensée,

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