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ville, pour l'intimider; le Comte ne prévoit que trop, un coup inévitable: ce malheur vous menace. Jufte Ciel dit Alix avec tranfport, ce malheur me menace! Pouvez-vous en douter repris-je, fi vous reftez au pouvoir de Madame de Rofoi ? Ah! divine Alix, poursuivis-je en me jettant à fes pieds, par pitié pour vous-même, arrachez-vous aux perfecutions où vous expose une fauffe délicateffe. Sauvez-moi la vie. Au nom de toute ma tendreffe, ne vous oppofez plus à ce que j'exige de la vôtre. Songez que c'eft un époux que vous fuivrez; un époux choifi par un pere. Quoi, Mademoiselle joutai-je, voiant qu'elle ne me répondoit rien, pouvez-vous refufer de vous jetter entre les bras du mien ? N'eft-il pas le vôtre ? Votre amitié ne lui a-t'elle pas

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donné ce nom que mérite fa tendreffe? Quelle feroit fa joie ! Venez, divine Alix, lui dis-je vivement, en lui preffant les mains, venez : plus de tempête à effuïer. L'Amour,ofez le fuivre, vous conduit au port. Hé! quel Amour! Il ne differe plus de vos devoirs. Quoi! me repliqua-t'elle,je m'arracherois des bras d'une mere ! Quoi! je ferois une démarche qui la couvriroit de honte! Non; fon injustice même ne pourroit me justifier; elle en feroit deshonorée, & j'aurois à rougir, en même tems de voir fa gloire & la mienne flêtries à jamais. Quelle eft, Mademoiselle, votre cruauté, repris-je ! votre refus eft l'arrêt de ma mort. L'excès de ma paffion vous eft un garant, que je ne furvivrai pas au coup que Madame de Rofoi me portera par vos propres mains. Rafsurez

vous, Comte, me dit - elle; je vous jure, par ma tendreffe & par la vôtre, de ne jamais être qu'à vous. Ma mere voudra en vain me contraindre; je lui opposerai une ferme résistance : voilà l'inftant feul où ma foumiffion & mon refpect oferont se révolter. Sur cette parole, foiez tranquile, & attendons du tems, ce que j'ofe en efpérer.

Après avoir emploïé trois heures pour vaincre les fcrupules, la délicateffe, & la timidité de Mademoiselle de Rofoi, il me fallut la quitter avec moins d'efpérance que jamais; il ne me fut même plus poffible de la voir. Madame de Rofoi toujours inquiéte, malgré la confiance qu'elle avoit en Mademoiselle de Rocheville, redoubloit d'attention: il ne s'en fallut même que d'un inftant, qu'elle ne me furprît en fortant

de l'appartement de fa fille. La veille de notre départ, mon pere me dit: Paffons chez Madame de Rofoi; je veux l'embarraffer; je veux, fi je le puis confondre fon artifice : mais laif fez-moi parler. Contentez-vous de paroître froid & fombre : craignez de donner à fon cœur, des armes contre vous & contre Alix, en paroiffant trop paffionné. C'est toujours fe montrer aimable à qui nous aime, que de paroître délicat & tendre: ainfi, mon fils, quoi qu'il arrive, conservez un air de tranquilité.

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Madame de Rofoi, en nous. voïant, prit le ton féducteur de l'amitié elle dit à mon pere, qu'il falloit pardonner fa complaifance pour fa fille, à la tendreffe extrême qu'elle avoit pour elle. Puis s'adreffant à moi, elle poursuivit : Comte, vos intérêts.

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ne peuvent être en de meilleures mains, je vais emploïer tour à tour, auprès de ma fille, & ma douceur & mon empire, pour la ramener à vous & la détermiz ner enfin à confentir à votre bonheur. Croïez, ajouta-t'elle d'un air affectueux, que j'achetterois de mon fang, la douce fatisfaction de jouir du bonheur de pouvoir contribuer au vôtre. Que j'aurois de plaifir à vivre avec vous! A vous voir à tous... Mon pere l'interrompit pour lui demander fi elle vouloit nous laiffer partir, fans nous permettre de prendre congé de Mademoifelle de Rofoi: il ajouta qu'il auroit fujet de fe plaindre, fi le caprice' de la fille & la condefcendance de la mere, nous privoient de cet honneur. Madame de Rofoi parut embarraffée à ce dif cours; mais fe voïant preffée par

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