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à terre un miroir : elle paroît sortir du lit ou du bain , & son ajustement n'est pas même fort avancé; elle est assise sur une ample drapperie dont elle est peu couverte. Une chaussure finguliére, & que je n'ai observée dans aucun autre monument antique, couvre son pied gauche : cette chaussure est d'une piéce, & c'est apparemment le calceus dont les femmes Grecques faisoient usage. Le jeune homme est dans l'attitude d'une personne qui écoute fort tranquillement. Il est nud, & n'a qu'une très-petite drapperie sur l'épaule gauche. Le Graveur n'a pas fait de grands efforts pour imaginer cette figure. Il n'a eû que la peine d'imiter une admirable statue que le temps nous a conservée , & qui représente Méléagre ou Adonis. Il se peut ausli que quelqu'autre statue aussi recommandable,&

que nous n'avons plus, lui ait fourni la pensée de la figure de la femme ; car cette derniére se trouve répétée sur quelques autres pierres gravées. Mais en quelqu'endroit que l'une ou l'autre de ces figures aient été prises, l'Artiste s'en est servi avec bien du sçavoir , & ne leur a rien fait perdre de leur beauté. Il en a fait usage pour faire un morceau de gravûre accompli, & tel qu'on peut le soupçonner être un ouvrage de Dioscoride. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il eft exécuté dans ses principes; on y admire la même finesse de touche

que dans les gravûres qui portent le nom de cet excellent Artiste ; ce sont les mêmes méplats , les mêmes laissés , le même coulant dans les contours ; & tout cela assujetti à un terminé qui n'appartient en quelque façon qu'à lui seul. Cette pierre gravée est la même que celle qu'avoit M.Mahudel, & dont M.de Gravelle nous a donné un trait, sans avoir osé prononcer sur la représentation du sujet. La faute de celui qui a marqué la grandeur de la pierre dans son Recueil pourroit faire croire que celle-ci n'est

pas la même, puisqu'elle se trouve rapportée d'un tiers plus grande que je ne la présente. Mais il n'y a point d'ouvrages où il n'échappe quelque chose , & j'aurai sans

doute

doute besoin d'une plus grande indulgence pour celui-ci. Ce beau morceau appartient aujourd'hui à M. Mariette.

PL AN CHE XLVIII.

N°. 1.

Ce buste de marbre blanc est d'une très-belle conservation ; le nez même ordinairement mutilé dans les plus belles ftatues antiques, n’a essuyé qu'une médiocre altération. Enfin ce morceau, pour comble d'heureuses singularités, n'a jamais été disposé d'une façon différente de celle où la gravûre le présente , c'est-à-dire, que l’Artiste ne l'a jamais fait que pour être un buste simplement posé sur un piédouche. je puis même assûrer que c'est le portrait de Julie, fille d'Auguste , & dire encore plus certainement qu'il est d'un des meilleurs Sculpteurs que la magnificence de ce Prince ait attiré dans Rome. Ce morceau a en tout quatorze pouces & demi de hauteur. Le hazard me l'avoit fait trouver autrefois dans Paris, & il étoit depuis long-temps un des ornemens du cabinet de M. Coypel, premier Peintre du Roi, qui est aujourd'hui l'objet de nos regrets. Il possédoit plusieurs autres belles choses en différens

genres de curiosité, & il n'y avoit point de Particulier en Europe qui eût rassemblé autant de beaux fragmens du Corrége. Je m'étois privé du beau buste dont il s'agit en faveur de cet ami , & je l'ai racheté à son inventaire.

II. J'ai rapporté à la Planche XLII. un beau camée qui représente Dioméde enlevant le Palladium : le même sujet est traité d'une autre maniére sur cette pierre gravée en creux. Cette variété peu ordinaire aux Anciens ne détruit

pas que j'ai dit plus haut sur l'usage où ils étoii nt de répéter les mêmes compositions : car outre qu: la

S

No.

се

différence n'est pas aussi considérable qu'elle paroît au premier coup d'ail, il faut convenir que le tour & la position de cette figure se trouvent plus d'une fois dans l'antique , & semblent particulièrement consacrés à l'Hercule qui soulage Atlas. Je ne connois pas la nature de la pierre que je viens de décrire. Je n'en donne le dessein que d'après une très belle pâte antique, & parfaitement conservée.

No. III. CETTE agathe - onyce assez belle quant à la pierre est plus piquante par rapport à la gravûre. Elle représente un Amour dans un char traîné par deux tigres ou deux panthères. Le mouvement & la composition de ces deux animaux ne peuvent avoir ni plus de graces , ni plus d'élégance. En un mot, tout l'ouvrage est d'un grand Maître. PL A N CH E XLIX.

No. I. Ce morceau de terre cuite , haut de six lignes, peut être regardé comme le fragment d'une espéce d'Ex-voto. Il est cassé dans toute sa longueur. Le masque est heureusement conservé presque dans son entier ;&il représente une femme qui n'est plus dans la premiére jeunesse, mais dont les traits ont encore de la beauté. Elle eft voilée & vêtue : ce qui sembleroit d'abord indiquer une

Dame Romaine. L'habitude de les voir ainsi représentées, Liv. XXIV. C. v. jointe à un passage de Pline, où il est dit que les statues

Grecques étoient toutes nûes , autoriseroit en quelque façon ce sentiment ; mais toute opinion exclusive eft communément une erreur. Le témoignage de Pline doit donc être modifié ; & le préjugé auquel il a donné lieu ne fubfiftera plus après les preuves que je vais rapporter. Les Artistes Grecs aimoient à traiter le nud. Il est en effet plus

pouces deux

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flatteur , de quelque façon qu'on le veuille regarder. Cependant ils s'écartoient quelquefois de cet usage par des raisons différentes, & plusieurs de leurs statues étoient drappées ; telle étoit , suivant Pline lui-même , une des Liv. XXXVI. C. Vi deux ftatues de Vénus que Praxitéle avoit faite. Telles étoient aussi, au rapport de Pausanias, celle de Lucine chez les Athéniens, à celles des Graces b & de Proserpine Voyage d’Atz * dans d'autres endroits de la Gréce. Je pourrois rapporter tig. c. XVIII plusieurs exemples semblables tirés des Historiens, & un Béot. c.xxxv. plus grand nombre encore que les monumens antiques Voyage d’Ass me fourniroient, principalement des médailles sur lef- cad. c. XXXI quelles Arsinoé & Bérénice, Reines d'Egypte, & Philistis qui regnoit en Sicile, paroissent avec un voile sur la tête. Je ne balance donc point à mettre dans la classe des monumens Grecs la figure gravée dans cette Planche sous ce No. I. Le goût de son travail eft si distingué, & elle a tant de noblesse, de grandeur & de précision, que si je lui donnois un autre rang, je ne manquerois pas d'être contredit par les Artistes , qui sont les meilleurs juges du mérite des Anciens quant au travail,

fur-tout quand il s'agit de décider entre les Grecs & les Romains.

No. II. On voit sur cette cornaline gravée en creux un guerrier ayant son bouclier à ses pieds, fa lance entre ses mains, & le casque sur la tête. Il présente quelque chose, qu'il

aisé de distinguer, å une femme vêtue & assise fur un rocher. Rien ne caractérise en particulier ces figures, & le sujet ne me paroît guère susceptible d'explication. Seroit-ce Ænée qui aborde en Epire , & qui ayant trouvé Andromaque dans un lieu écarté, lui fait le récit de ses aventures ! Au reste, le travail de cette pierre est trèse beau, & son antiquité n'est pas douteuse.

n'est pas

No. III. Ce buste n'offre rien qui ait rapport à l'histoire. Il fait simplement souvenir d'un de ces Héros de la Gréce, qui, peu curieux de conserver les graces que la nature avoir rassemblées sur leurs personnes , expofoient leur jeunesse aux dangers de la guerre, & à la fatigue des exercices publics. C'est, sans doute, ce que signifient l'épée, le javelot & l'immense bouclier dont cette figure est ornée. Sa tête est d'un caractère & d'une finesse de profil admirables ; &, s'il est possible , le travail des cheveux est encore plus parfait. La cornaline est d'une extrême beauté. Elle est aujourd'hui entre les mains de M. Mariette. P L M N C H E L.

No. I. Cette tête de bois de fycomore ou de figuier d'Egypte, à laquelle l'Artiste a conservé sa couleur naturelle , eft presque noire ; ce qui convient à une Africaine dont on à fait le portrait au naturel. Ce petit ouvrage de sculpture n'a que quatorze lignes de hauteur , mesure qui paroîtra bien médiocre pour un morceau de sculpture : mais on fait tous les jours l'éloge d'une pierre gravée qui n'a pas même un si grand volume, parce que le mérite n'a jamais consisté dans l'étendue ; autrement il n'y auroit

auroit que les colosses de beaux. Il a été trouvé en Egypte. Je le sçais à n'en pouvoir douter, mais il a trop d'élégance & de correction pour l'attribuer à aucun Artiste de ce pays. Je le crois de la main d’un Grec habile, qui a fort bien saisi l’air fauvage & Africain de cette jeune personne. Toutes les têtes Egyptiennes que j'ai vûes me paroissent différer de celle-ci par un air national qui trompe rarement, & moins encore ceux en qui le dessein fixe les physionomies. De plus, je n'ai jamais yû aucune représentation d'Egyptienne chargée

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