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quel fondement, de la grandeur & de la beauté des traits dont la nature avoit orné les Dames Romaines.

Perfonne n'ignore que les Romains confervoient les images de leurs parens, & qu'ils les plaçoient, par gloire & par vanité autant autant que par refpe&t & par amour, dans le vestibule de leurs maisons, nommé atrium. Ces bustes s'y trouvoient rangés felon la date de la mort ; & vraisemblablement ils étoient pofés fur des gaînes, des piedeftaux, ou des plintes qui faifoient le tour de la piéce. Les Romains, en les parant, ou en les privant de leurs ornemens, les faifoient en quelque forte participer aux événemens heureux ou malheureux de leur famille ; & l'on ne les tiroit de l'atrium qu'à la mort des poffeffeurs, pour rehauffer la pompe de leurs funérailles. Il faut convenir que ces portraits font rares en bronze, foit que dans la fuite on les ait détruits, pour fe fervir utilement de la matiére dont ils étoient compofés, foit qu'ils fuffent plus communément de marbre ou de cire. Mais Cicéron & plufieurs autres Auteurs confirment ce que je viens de dire fur la deftination de ce bufte, en nous affûrant que les Romains en admettoient fouvent de bronze à cet usage. Ce point ne mérite pas qu'on s'y arrête plus long-temps. Paffons à la fingularité de ce monument: on a dû la fentir au feul afpect de la Planche. Elle confifte en la maniére dont les cheveux font coupés. On fçait que par un ufage tranfmis des Grecs aux Romains, il y avoit jufqu'à cinq façons de les couper pour honorer la mémoire des morts. Cependant aucune des defcriptions que Claude Guichard a raffemblées, n'a Guichard, p. 318. rapport à l'arrangement des cheveux que ce buste nous préfente. Mais ne pourroit-on pas fuppofer que cette jeune perfonne, morte la derniére de fa famille, ou du moins après un grand nombre de fes parens, avoit envoyé à plufieurs reprises fur leurs tombeaux ce qui lui manque de cheveux? car elle femble les avoir coupés de toutes les

façons

façons énoncées dans les Auteurs. A cette conjecture je vais en ajoûter une autre dont j'espère que l'on fera plus fatisfait. Hérodote nous apprend que les Maxyens avoient Lib. IV. n. 191; l'habitude de porter leurs cheveux difpofés comme ils le font dans ce buste, c'est-à-dire, qu'ils ne confervoient que le côté droit. Peut-être voyons-nous ici la tête d'une jeune efclave de cette nation, morte à Rome, d'autant plus aimée qu'elle n'étoit point jolie, & à qui fon maître ou même fa maîtresse a bien voulu donner des marques d'une estime particuliére, en faisant jetter fon bufte en bronze. C'est ce que j'imagine de plus vraisemblable, & j'ajoûterai, comme Horace : Si quid novifti rectius iftis, candidus imperti.

Ce bronze n'eft pas d'une belle confervation; le temps a détruit une partie du derriére de la tête : mais tout ce qui peut piquer la curiosité, y eft heureusement confervé. Je l'ai acheté à l'inventaire de M. le Comte de Pontchartrain.

No. II.

CE cercle de bronze a fept pouces deux lignes de diamétre. Son épaiffeur, moins grande vers les bords que dans le milieu, eft de fix lignes, & dans fa circonférence roulent avec facilité huit anneaux d'un pouce d'ouverture, & formés de même maniére que le grand cercle.

Cet inftrument eft fans doute le cerceau que les Grecs & les Romains employoient dans leurs jeux & dans leurs exercices. Mercurialis qui en a parlé, avoue qu'il eft- trèsdifficile de s'en former une idée bien claire. Il croit qu'il y en avoit de deux efpéces ; l'une en ufage pour les Grecs, & l'autre pour les Romains. Il feroit à fouhaiter que M. Burette eût traité en particulier ce point d'antiquité, dans fes recherches fur la Gymnastique, comme il l'avoit fait efpérer. Je vais hazarder quelques réflexions, dans la vûe d'éclaircir le monument dont il s'agit, & non pas dans celle de fuppléer à ce que cet Académicien avoit promis d'écrire fur cette matiére.

Ee

De Arte Gymn L. III. c. 8.

Mém. de l'Acad. des Belles-Lettres,

tom. I. p. 95.

ad Julian.

Je crois que l'exercice du cerceau étoit divifé en deux efpéces, tant parmi les Grecs que parmi les Romains, & que la premiére s'appelloit cricelafia, de deux mots Grecs qui fignifientAgitation du cerceau.* Suivant le témoignage Lib. Collect. vi. d'Oribafe, celui qui devoit faire cet exercice, prenoit un grand cercle autour duquel rouloient plufieurs anneaux, & dont la hauteur alloit jufqu'à l'estomach. Il l'agitoit par le moyen d'une baguette de fer à manche de bois. Il ne le faifoit pas rouler fur la terre, car les anneaux inférés dans la circonférence ne l'auroient pas permis: mais il l'élevoit en l'air, & le faifoit tourner au-deffus de fa tête en le dirigeant avec fa baguette. Voilà pourquoi Oribase dit qu'on n'agitoit pas le cerceau fuivant fa hauteur, mais tranfverfalement.

Le mouvement communiqué au cerceau étoit quelquefois très-rapide, & alors on n'entendoit pas le bruit des anneaux qui rouloient dans la circonférence. D'autres fois on l'agitoit avec moins de violence, afin que le fon des petits anneaux produisît dans l'ame un plaifir qui procurât un agréable délassement. Cette réflexion d'Oribase nous apprend que le jeu du cerceau étoit regardé comme un exercice capable de contribuer à la fanté du corps. Il y en avoit une feconde espéce, dans laquelle, au lieu de se fervir d'un grand cercle, on en employoit un beaucoup plus petit, & pareil à celui que j'ai fait graver. Il me paroît que c'eft proprement le trochus des Grecs & des Romains. Conviv. p. 876. Xénophon nous en apprend l'ufage en parlant d'une Danfeufe qui prenoit à la main douze de ces cerceaux, les jettoit en l'air, & les recevoit en dansant au son d'une Aûte. Il n'eft point parlé dans ce paffage des petits anneaux inférés dans la circonférence du trochus ; mais il en eft fait mention dans plusieurs épigrammes de Martial, & entr'autres dans celle-ci.

édit. de 1625.

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* Keiniλaría: de xeix que l'on a dit par métathèse pour xípx, cercle; & de inacía, agitation.

Garrulus in laxo cur annulus orbe vagatur,
Cedat ut argutis obvia turba trochis ?

Les deux efpéces de cerceaux dont je viens de parler ne différoient entr'eux que par la grandeur. On les diftingue avec peine, quand ils font fimplement représentés fur les bas-reliefs. Mercurialis en a fait graver un dont Ligorius lui avoit envoyé le deffein, d'après un monument élevé en l'honneur d'un Comédien. La circonférence eft chargée de huit anneaux, à l'un defquels eft attachée une fonnette, & outre cela de neuf fiches ou chevilles, qui fort lâches dans leurs trous augmentoient le bruit des anneaux, & produifoient le même fon que les baguettes qui traverfoient les fiftres. Sur un tombeau gravé dans le Recueil de Pietro Santi Bartoli, on voit un autre cerceau à-peu-près femblable à celui que je viens de décrire. Il a des anneaux, des chevilles, & de plus un oiseau qui paroît y être attaché: fingularité qui ne donneroit lieu qu'à des conjectures bien vagues. Je n'examine pas fi les deux cerceaux indiqués par ces monumens doivent être mis dans la premiére claffe ou dans la feconde. Il me fuffit d'obferver que celui que j'ai fait graver eft d'une très-belle confervation, & peut-être le feul qui foit parvenu jufqu'à notre temps. Comment l'a-t-on laiffé fortir de Rome, fans l'avoir au moins publié ?

No. III.

CE vafe a dix pouces de hauteur: fon anfe furmonte fa forme d'environ deux pouces, & fon plus grand diamétre eft d'un peu plus de cinq pouces. La belle forme de ce morceau m'a engagé à le placer dans ce Recueil, quoique l'on puiffe ne le pas regarder comme antique. Mais les Antiquaires les plus fcrupuleux ayant fait graver des monumens d'après des copies deffinées, j'ai crû qu'on ne me fçauroit pas mauvais gré de rapporter une chofe moulée fur l'antique. Je fçai même que plusieurs grands Artistes, tels

Lib. XIV. Epig.

CLXIX.

que Polydore, Perrin del Vague, Jérôme de Carpi, Batista
Franco, &c. pleins d'eftime pour le bel antique, ont deffiné
beaucoup de ces fortes de vafes, & qu'ils peuvent avoir
donné le trait de celui-ci, dont l'anse & l'évasement laissent
quelque chofe à défirer. Cependant je ne déciderai point
cette queftion affez peu importante, mais difficile par
le peu d'ornemens de ce morceau, qui n'eft que de terre
recouverte d'un vernis jafpé de blanc & de noir. Le lieu
où il a été fabriqué ou moulé mérite qu'il en foit fait
mention, & j'espère qu'on fera bien aise d'apprendre les
petits détails fuivans. Il n'eft pas douteux que ce vafe ne
foit forti de la manufacture qui s'étoit établie à Urbin ou
à Faënza fur la fin du XV. fiécle, & dont la matiére prit
le nom de la derniére de ces deux villes, parce que ce fut
le lieu où l'on exécuta pour la premiére fois ces vales & ces
plats en terre verniffée & coloriée. L'usage même en
devint très-commun. Raphaël, par amour pour le lieu de
fa naissance, & par intérêt pour un établissement à la tête
duquel étoit un de fes parens, engagea vraisemblablement
tous fes éléves à donner des deffeins
pour les ouvrages de
cette manufacture. Ils continuérent d'en envoyer long-
temps même après la mort de ce grand Artifte, qui
peut-être en a fourni lui-même quelques-uns; mais ni lui
ni fes éléves n'ont jamais eu d'autre part à ces ouvrages.
Les deffeins dont je viens de parler furent peints par des
ouvriers qui n'avoient point d'autre métier. On ne reconnoît
que trop leur peu d'intelligence, & la médiocrité de leur
talent aux incorrections de tous les genres que l'on
remarque aifément dans ces fortes de fayences. Ce feroit
faire tort à la réputation de Raphaël, & à celle de fon
école, que de mettre fur leur compte l'exécution d'ou-
vrages aufli imparfaits par rapport à la peinture; car pour
les formes il étoit moins ailé de s'écarter de celles que ces
habiles
gens leur traçoient, & c'eft-là précisément ce qui
rend ces vafes précieux. Il s'en trouve de meryeilleufement

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