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beaux. J'en ai vû plufieurs qui me feroient croire que non contens des deffeins fournis par les meilleurs Peintres d'alors, les Maîtres de la manufacture d'Urbin prenoient encore des vases antiques pour modéles, ou les faifoient mouler. Celui-ci eft fans doute de ce nombre. J'ai vû auffi quelques morceaux de cette même manufacture enrichis d'arabesques d'une excellente maniére, dans le goût de ces ornemens en ufage chez les Romains, & que Jean da Udiné a principalement fait revivre. Les peintures de ce genre font, à mon gré, celles de toutes qui ont le mieux réuffi dans la manufacture d'Urbin. Enfin ces ouvrages fe répandirent dans toute l'Europe; & ceux qui fubfiftent encore font admis aujourd'hui dans de riches cabinets, dont ils font un des plus beaux ornemens. Il faut cependant convenir qu'ils demandent beaucoup de choix. La découverte de la Chine fe fit lorsque cet établissement étoit dans fa plus grande force, & le commerce répandit la porcelaine. On oublia alors ce qui fe fabriquoit en Europe pour le même usage; & loin de chercher à perfectionner les propres ouvrages, on se livra à la recherche de ceux en qui fe rencontroient fur-tout la beauté de la matiére, l'éclat des couleurs, & la délicateffe du travail. Non-feulement on ne fut pas rebuté par le mauvais goût de leur forme, mais ce mauvais goût prévalut; & bientôt on n'imagina plus qu'il fût poffible d'avoir, pour l'usage & pour l'ornement, d'autres morceaux que ceux qui venoient de la Chine ou du Japon. La médiocrité de leur prix contribua beaucoup encore à les faire réuffir. Il ne fut plus queftion de ce qui s'étoit fait jufqu'alors en Italie : les fabriques tombérent, & ne se font plus relevées.

Les anecdotes que l'on vient de lire doivent intéresser les Curieux, parce qu'elles ont un rapport direct à plufieurs parties des Arts, & qu'elles font une efpéce de fuite pour les ouvrages de ce genre. En effet, les terres cuites, la couverte des Egyptiens, les travaux des Etrufques, la Ee j

fayence, enfin la porcelaine, complettent en quelque façon
ce qui nous eft connu dans cette matiére. Il eft même à
propos de faire de pareilles obfervations dans un tempsoù
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urope, à qui la fabrique de la porcelaine ne fçauroit plus
échapper, paroît difpofée à s'en occuper plus que jamais,
& à ne négliger ni les bonnes formes, ni l'étude des orne-
mens qui conviennent à chaque chofe. Il eft d'ailleurs fi
important de joindre la beauté de l'exécution à l'éclat & à
perfection de la matiére, que les Directeurs de ces manu-
factures redoubleront fans doute leurs efforts pour y par-
venir, en se souvenant néanmoins que la couverte qui
amollit les vives-arêtes, ne permettra jamais à cette matiére
l'exécution précise d'aucune figure, dont la vûe puiffe
procurer une entiére fatisfaction. Il en eft de même des
miniatures & des petits tableaux avec des fonds de ciel,
dont l'expreffion ne fçauroit être parfaite. L'émulation
anime considérablement nos Artistes; & il y a lieu de croire
que la manufacture de Vincennes, protégée par le Roi,
fervira bientôt de modéle à toute l'Europe. La perfection
de la matiére, la fageffe des formes, les recherches fça-
vantes fur les couleurs, la belle façon de travailler, &
l'imitation surprenante des fleurs font de grands préjugés
pour avancer, que fi les ouvrages de la Chine ont fait
tomber autrefois ceux de l'Europe, celle-ci s'en vengera en
produifant des morceaux dans le même genre infiniment
au-deffus.

PLANCHE LXXXII.

N. I.

CE monument eft fans doute le même que celui que le P. Bonanni a fait graver dans le Museum Kircherianum, PL. II. & qui avoit été trouvé à Rome au commencement de ce fiécle. M. Crozat l'avoit apporté d'Italie, & c'eft depuis fa mort que j'en ai fait l'acquifition. Il faut qu'on l'ait caffé

en l'apportant en France : car il paroît beaucoup mieux confervé dans la copie que le P. Bonanni en a donnée. Il eft de marbre blanc, & dans ce qui fubfifte il a dix-huit pouces neuf lignes de hauteur. Son plan eft triangulaire, & chacune des trois faces de fa base a treize pouces dix lignes. C'eft fur cette base ou premier focle qu'eft porté fur trois pates de gryphon ou de lion le corps de ce candélabre, pareil à ceux qui fe voient dans l'Eglife de fainte Agnès, hors des murs de Rome. Ce corps, pour une plus grande folidité, eft foûtenu par un cylindre réservé dans l'épaiffeur. Sur chacune des faces eft représentée en basrelief une figure debout, dont je donnerai la defcription. J'ai fait remarquer que ce morceau étoit triangulaire; mais, pour éviter l'aigreur, les angles formés par la rencontre de chaque face de la base font arrondis: & le Sculpteur par la même raison a orné les tranches du corps d'un grainetis qui répand une plus grande richeffe, & qui embellit la composition. Auffi, pour le bel ensemble, & fur-tout pour la fineffe du travail des ornemens, on ne peut rien voir de mieux exécuté, & ce monument, quand il étoit dans fon entier, devoit être magnifique.

Après la lecture de cette description, il n'y a perfonne qui s'avife de le prendre pour un autel. Je le regarde, avec le P. Bonanni, comme un de ces candélabres que l'on plaçoit dans les temples pour les éclairer, & qui dans les bas-reliefs fe trouvent fouvent auprès des autels. On en faifoit auffi usage dans les maisons des Particuliers.

La premiére figure représentée fur le morceau tel qu'il fe trouve aujourd'hui, eft la Diane connue fous le nom de DIANA LVCIFERA. Elle tient dans une main une torche, de l'autre un arc, & fur fon épaule un carquois.

No. II.

Le P. Bonanni veut que la feconde foit une Bacchante. Je crois que c'est plûtôt un Bacchus. Il tient d'une main

une corne, & de l'autre un thyre. C'eft avec ces attributs que ce Dieu eft représenté ur plufieurs pierres gravées, & Tom.III. Pl.xxI. entr'autres fur une de celles que le Chevalier Maffei a données dans fon Recueil. Il est ici habillé en femme, comme il le paroît fur plufieurs autres monumens antiques,

N°. III.

La troifiéme figure eft Mercure, reconnoiffable au caducée & aux talonniéres. Il tient une patère de la main droite, fymbole que les Anciens ont donné à prefque toutes les Divinités. S'il étoit poffible de s'affûrer que ce candélabre eût été feulement deftiné à fervir d'ornement à quelques palais, il y auroit lieu de croire celui qui que le poffédoit, honoroit d'un culte particulier les trois Divinités qui y font représentées.

PLANCHE

LXXXIII.

No. I. II. & III.

CE morceau de marbre blanc, dont la hauteur eft de huit pouces quatre lignes, & dont la largeur a deux lignes de plus dans fa partie inférieure, & deux pouces de moins dans la fupérieure, eft le fragment d'un candélabre Romain, pareil à celui de la Planche précédente, & dont le plan eft pareillement triangulaire. Le temps a heureufement épargné dans celui-ci la partie sculptée, du moins celle où les trois figures font placées. On voit qu'il y avoit aussi un grainetis fur la tranche de chaque angle, & que ce morceau étoit riche. Cependant, à juger par la place ou la largeur de l'efpace que les figures occupent, la totalité du morceau n'étoit pas comparable en grandeur à celui qui précéde. Ces figures me paroiffent être des Bacchantes. La premiére tient une efpéce de tympanum. Sur Mifcell. erud. an un monument rapporté par Spon, on voit une Bacchante

tiq. p. 25.

avec un pareil inftrument. La feconde tient une coupe,

&

& la troifiéme un thyrfe. Ces figures ont huit pouces & demi de proportion. J'ai acheté ce morceau à l'inventaire de M. Gendron mais j'ignore où il a été trouvé, & comment il étoit parvenu jufqu'à ce cabinet, où il n'y avoit que ce feul monument antique.

PLANCHE

LXXXIV.

LES deux têtes représentées chacune fous un double aspect dans la Planche fuivante, & qui font accompagnées de béliéres, paroiffent être des offrandes, ou des Ex-voto faits pour être fufpendus dans quelque temple. Si l'on veut admettre cette idée, leur confécration & le nom de la Divinité qui en étoit l'objet, feroient encore également lettres closes; cependant on pourroit deviner la raison qui a pû faire confacrer la tête de cet enfant. On aime si naturellement ceux de cet âge, que dans tous les temps on a imploré en leur faveur le fecours du Ciel ; c'eft auffi la raison qui nous fait rencontrer tant de têtes d'enfant parmi les monumens antiques. Il femble même qu'on affectoit de les représenter fur des camées en agathe, qui, comme on le fçait, entroient dans les parures & dans les ornemens. J'ai dit que les têtes fur lefquelles on trouve des béliéres, paroiffent avoir été des offrandes ou des Ex-voto. J'ajoûte avec M. Gori qu'on pourroit quelquefois leur attribuer une autre deftination, & les regarder comme des ornemens que les Miniftres des Dieux fufpendoient à leur cou, ou plaçoient fur leur poitrine. J'établis cette conjecture fur la figure gravée dans la Planche LXXXIV. que j'ai tirée d'un Recueil de deffeins qui appartient à M. Falconnet, de l'Académie des Belles-Lettres, & qui a été fait par Etienne Duperac. Il étoit Peintre, avoit demeuré longtemps en Italie, & les Amateurs d'antiquités, qui étoient pour-lors en grand nombre, l'avoient fouvent employé à deffiner les monumens les plus curieux, à mesure qu'on Ff

Muf. Etrufca t. II. p. 180.

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