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Septiéme source. L'ignorance de la Philosophie.

le Dieu que sous un feul nom, & qu'on ne sçavoit pas trop ce qu'il avoit fait hors delà; quand on venoit à lire d'autres avantures que celles dont on avoit oui parler, d'autres noms ou d'autres qualités , on ne doutoit point qu'il ne s'agît de différentes personnes ; delà ce prodigieux nombre de Jupiters, de Mercures , &c. On a quelquefois fait tout le contraire ; & quand il est artivé que plusieurs personnes ont porté le même nom , on a attribué à un seul, ce qui devoit être partagé entre plusieurs , & l'Histoire du plus connu , a été chargée des avantures de tous les aurres: selle est l'Histoire d'Hercule de Thebes, dans laquelle on a mêlé les actions & les Voyages d'Hercule Phénicien , & de plusieurs autres Heros du même nom : telle est encore l'Histoire de Jupiter fils de Saturne dans laquelle on a rassemblé les avantures de plusieurs Rois de Crete , qui ont porté le même nom, qui étoit commun parmi les anciens Rois, comme celui de Pharaon ou de Ptolemée l'étoit en Egypte, ou celui de Cefar parmi les Empereurs Romains.

L'ignorance de la Philosophie , & sur-tout de la Physique, a aussi donné lieu à beaucoup de Fables : la curiosité si naturelle aux hommes , les a toûjours portés à chercher la cause des évenemens qui surprennent (a) ; & dans les fiécles barbares, où l'on étoit si peu avancé dans la connoissance de la nature, on avoit recours à des choses sensibles & grossieres : on animoit tout , les fleuves, les fontaines , les aftres. C'étoit un excellent abregé des recherches ; rien de plus aisé que

de rapporter à des causes animées, des effets dont on ignoroit les principes. On donna ensuite de la Divinité aux choses qu'on n'avoit fait qu'humaniser; le Soleil fut adoré sous le nom d'Apollon, la Lune sous celui de Diane. La crainte de leurs influences , & la part qu'on leur donne à tout ce qui se passe ici-bas , furent sans doute la cause de leur apotheofe, & du culte qu’on établit pour les appaiser lorsqu'on les croyoit irrités. Les Prêtres établis pour cela , inventerent des Histoires, & publierent des apparitions de leurs prétenduës Divinités, pour perpétuer par là un culte lucratif. Ils dirent , par exemple, que Diane étoit devenuë amoureuse d'Endymion, &

(a) Voyez le projet du P. Townemine. I. cit, ,

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que la cause de ses éclipses devoit se rapporter aux visites qu'elle rendoit à son Amant, dans les montagnes de la Carie; mais comme les amours ne durerent pas toujours, il fallut chercher une autre cause de ses éclipses. On publia que les Sorcieres , sur-tout celles de Thessalie , où les herbes venimeuses étoient plus communes , par l'écume que Cerbere tiré des Enfers y avoit laissé tomber, suivant une autre Fable, avoient le pouvoir par leurs enchantemens , d'attirer la Lune sur la terre (a). De même comme on ne connoisloit

pas la cause des vents, on crut que c'étoient des Divinités fougueuses , qui causoient des ravages sur terre & fur mer ; & pour reprimer leur audace, on leur donna une Divinité superieure; Eole, pour les raisons que nous dirons dans son Histoire, fut établi leur Roi (1). Chaque Fleuve & chaque (1) Virg. Id Fontaine, eurent aussi leur Divinité tutelaire ; & foit qu'on eût donné aux Fleuves les noms des premiers Rois qui avoient habité le Pays où ils couloient, soit que les Rois en eussent pris le leur , comme nous le dirons plus bas ; on les confondit dans la suite, & on divinisa le Prince en faveur du Fleuve. Fallut-il parler de l'Iris ou de l'Arc-en-ciel , dont ils ignoroient la nature, ils en forgerent une Divinité; sa beauté la fit passer pour la fille de Thaumas, personnage poëtique, dont le nom veut dire merveilleux : & parce que la tradition du Dét luge leur avoit apparemment appris que Dieu avoit fait paroître l'Arc-en-ciel comme un signe de reconciliation, ils regarde,

Eneid.

(a) L'Origine de cette Fable venoit d'une certaine Aganice fille d'Hegetor Thelsalien, qui ayant appris la cause & le temps des Eclipses , quand il en devoit arriver publioit que par ses enchantemens elle alloit attirer la Lune sur la terre, exhortant en même temps les femmes Thessaliennes à faire avec elle un grand bruit, pour la faire remonter à la place. Lorsqu'on voyoit dans la suite le commencement d'une Eclipse, on faisoit un grand bruit de chaudrons & d'autres instrumens; pour empêcher d'entendre les cris & les prieres des Magiciennes.

Cantus d è curru Lunam deducere tentat,

Et faceret , fi non æra repulsa forent ; Comme dit Tibulle, 1. 1. Eleg. 9. Les peuples des Indes & de la Chine croyent en core aujourd'hui que la cause des Eclipses vient de ce qu'un Dragon veut devorer la Lune, & quelques-uns d'entr'eux font un grand bruit pour lui faite lâcher prise, pendant que les autres se mettent dans l'eau jusqu'au col , pour le supplier de ne la pas devorer entiérement. Si l'on vouloit remonter à la source de cette Coûtume, on trouveroit qu'elle vient d'Egypte, ou Ifis , qui étoit le symbole de la Lune, étoit honorée avec un bruit pareil de chaudrons, de tymbales, de tambours , &c. Voyez Nic. Frischlin, 1. 3. Aftr. p. 454.

rent depuis leur Iris comme la Messagere des Dieux, & fure tout de Junon , parce qu'elle annonce la disposition de l'air, representé par cette Deesse. Le nom même d'Iris lui fut donné , si nous en croyons Platon (a), pour marquer son employ.

Áinsi furent formées plusieurs Divinités Physiques', & tant 'de Fables Astronomiques, comme nous le dirons dans la suite. C'étoit-là une pitoyable Philosophie; mais on n'avoit rien de meilleur , & les Poëtes étant venus dans la suite à embellir ces idées sensibles , de tous les ornemens que leurs Mufes, fécondes en fictions, purent leur fournir, on se plut tellement à ne considerer la nature que sous ces agréables images , qu'on ne songea pas même pendant un assez longtemps, à pousser plus loin les découvertes. Le plus grand nal, c'est que la Religion se trouva interessée dans ce systeme: elle augmenta fes ceremonies à l'invention de chaque Divinité, & l'on regarda comme des impies , ceux qui voulurent voir un peu plus clair. Ainsi l'infortuné Anaxagore fut puni de mort , pour avoir enseigné que le Soleil n'étoit point animé, & qu'il n'étoit qu'une lame d'acier de la grandeur du Peloponnese. On peut conclure de tout ce que nous venons de dire, qu'on a eu raison de croire qu'une partie de la Philosophie des Anciens , étoit renfermée dans leurs Fables , pourvû qu'on veuille avouer que c'étoit une Philosophie fort grosiere, & un fyftême fondé sur le rapport des sens, & tel qu'un Paysan pourroit l'imaginer.

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(a) Il fait venir ce nom de piper, nunciare. Le sçavant Voffius le derive de ir ou hir , Ange ou Messager. Pausanias dit qu'il vient derers, discorde , parce que les messages d'Iris tendoient à la discorde & à la guerre, comme ceux de Mercure à la paix & au repos.

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les eaux

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tablissement

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des Arts.

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Pon continue à rechercher l'origine des Fables.
Ous les hommes s'étant trouvés submergés par

Huitiéme du Déluge, excepté Noé & sa famille , le monde ne

source. L'éput être repeuplé que très long - temps après : on ne peut des Colonies pas douter aulli, comme nous le dirons bien-tôt, que les Pays & l'invention

plus voisins du lieu où l'Arche s'arrêta , n'ayent été peu. plés les premiers ; ainsi la Syrie , la Palestine , l'Arabie , & l'Egypte", furent habitées long-temps avant les Climats d'Occident. Ceux qui arriverent les premiers dans la Grece, y

vêcurent dans une ignorance & dans une grossiereté étonnantes , sans arts , sans coûtumes, sans loix, se couvrant de feuilles , & broulant l'herbe des Champs ; les Rochers & les Cavernes leur fervoient de demeure , & tout leur soin étoit de se défendre des bêtes feroces , dont les bois étoient remplis: ils n'avoient gueres d'autre commodités que celles qu'ils se procuroient par la guerre qu'ils faisoient aux animaux. Pour peu qu'on Içache l'Antiquité & qu’on ait lů les Poëtes, on reconnoit aisément à cette peinture les premiers habitans de la Grece (1).

(1) Voyez Quand les étrangers , Egyptiens ou Pheniciens, gens po- 1.2. lis & sçavans eu égard à ces temps-là , y arrivoient, ils tâchoient d'adoucir l'humeur feroce de ce peuple barbare, foit pour découvrir

par ce moyen les richesses de leur pays, foit pour les obliger à souffrir qu'ils y laisfassent quelques Colonies pour entretenir le Commerce. Ensuite ils leur firent part de leurs Coûtumes, de leur maniere de s'habiller & de se nourrir; ils leur apprirent à manger des châtaignes fauvages & d'autres fruits , au lieu de l'herbe dont ils se nourrissoient, souvent avec beaucoup de danger pour leur vie ; voilà, pour le dire en passant, l'origine de la Fable , qui portoit qu'on leur avoit appris à manger du gland; ce qui est faux , le gland n'étant en aucune maniere propre à nourrir l'homme; cependant cette fiction se trouve dans toutes les anciennes traditions

Diod. de Sicil

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rent depuis leur Iris comme la Messagere des Dieux, & fure tout de Junon , parce qu'elle annonce la disposition de l'air, representé par cette Deesse. Le nom même d'Iris lui fut donné , fi nous en croyons Platon (a), pour marquer son employ

Áinsi furent formées plusieurs Divinités Physiques , & tant de Fables Astronomiques, comme nous le dirons dans la fuite. C'étoit-là une pitoyable Philosophie; mais on n'avoit rien de meilleur, & les Poëtes étant venus dans la suite à embellir ces idées sensibles, de tous les ornemens que leurs Mufes, fécondes en fictions, purent leur fournir, on se plut tellement à ne considerer la nature que sous ces agréables images , qu'on ne songea pas même pendant un assez longtemps, à pousser plus loin les découvertes. Le plus grand nal, c'est que la Religion se trouva interessée dans ce système: elle augmenta ses ceremonies à l'invention de chaque Divinité, & l'on regarda comme des impies , ceux qui voulurent voir un peu plus clair. Ainsi l'infortuné Anaxagore fur puni de mort , pour avoir enseigné que le Soleil n'étoit point animé, & qu'il n'étoit qu'une lame d'acier de la grandeur du Peloponnese. On peut conclure de tout ce que nous venons de dire, qu'on a eu raison de croire qu'une partie de la Philofophie des Anciens , étoit renfermée dans leurs Fables, pourvû qu'on veuille avouer que c'étoit une Philosophie fort grosiere, & un syftême fondé sur le rapport des sens, & tel qu’un Paysan pourroit l'imaginer.

(a) Il fait venir ce nom de piper, nunciare. Le Sçavant Vossius le derive de ir ou hir , Ange ou Messager. Pausanias dit qu'il vient de res, difcorde , parce que les messages d'Iris tendoient à la discorde & à la guerre, comme ceux de Mercure à la paix & au repos.

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