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HIST. DES REVOLUTIONS
- virs de coraires de leur autorité

s'en étoient prévalus:lețr objet étoit
de se perpetuer dans le gouverne-
ment. Et comme on venoit de leur
déferer le commandement des Ar-
mées,ils méprisoient des mécontens
qu'ils ne craignoient plus.Le peuple
destitué de ses Tribuns, seyit obligé
de se faire enrôler. Les Legions

furent bien-tôt complettes : on en An de Ro. fit trois corps. Q. Fabius Vibulanus mc 30.4. marcha contre les Sabins à la tête

d'une Armée , & on lui donna pour Collegue & pour conseil , Q. Petilius & M. Rabuleïus. M. Cornelius fut nommé General des troupes qu'on devoit opposer aux Eques, & l'on envoya avec lui L. Minutius M. Sergius, T. Antonius & C.Duellius tous Decemvirs. Appius leur Chef demeura à Rome avec Oppius , & il retint un corps de troupes qu'il mit comme en garnison dans le Capitole pour maintenir fon autorité contre des ennemis domestiques qui lui étoient encore plus redoutables que les étrangers. C'est ainsi que de simples particuliers sous le titre de Decemvirs , s'emparerent de toutes les forces de l'Etat, qui

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pendant leur domination n'avoit plus que le nom de République, .

Le peuple qui composoit les Legions, je veux dire lesCenturions & les soldats, irritez de la perte de la

, liberté, ne voulurent point vaincre, de peur d'augmenter la puissance des Decemvirs , en les rendant victorieux. Les deux Armées furent défaites presque sans combattre. Ce fut moins des batailles que des fuites concertées. L'Armée opposée aux Eques perdit ses arines & son bagage; celle qui devoit combattre les Sabins, abandonna son camp & se retira avec précipitation sur les terres de Rome. Les soldats se disperserent, & ne se rallierent que quand ils ne furent plus en vûë des ennemis, & on apprit à Rome la nouvelle de ces déroutes, avec la mê. me joye qu'on auroit eu dans un autre temps, d'une victoire complete. On disoit hautement dans la ville falloit

pas

s'étonner que les arines de la République n'eussent: pas été heureuses fous des Chefs qui avoient usurpé le commandement. Les uns demandoient des

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qu'il ne

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Consuls, d'autres proposoient d'élire un Dictateur comme dans une calamité publique , & le peuple soupiroit après le rétablissement de ses Tribuns.

Siccius Dentatus, ce fameux Plebeïen qui s'étoit trouvé à six-vingt combats, n'entretenoit la multitude que des fautes qu'il prétendoit que les Decemvirs avoient faites dans la conduite de cette guerre. Son sentiment , & le mépris qu'il faisoit de ces Generaux , passa dans les deux Armées. A peine le foldat vouloit-il déferer à leurs ordres : les uns demand'oient des vivres d'autres des armes; & un mécontentement general sembloit annoncer une revolte prochaine. Appius attentif aux évenemens

s, envoye à ses Collegues des recruës & des vivres. Il leur mande de tenir le soldat en respect par la crainte du châtiment; & que si la voye des fupplices leur paroissoit dangereuse dans la conjoncture ils ne manqueroient pas d'occasion pendant le reste de la campagne, pour faire perir secretement les plus mutins. Il leur en donna l'exemple,

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Siccius lui étoit odieux

par

ses difcours trop libres, & par le pouvoir qu'il avoit sur l'esprit du peuple is résolut de s'en défaire. Pour le tirer de Rome, il feignit de vouloir le consulter sur les operations de la campagne. Il l'entretint plusieurs fois; & après avoir donné de gran. des louanges aux avis qu'il en recevoit, il l'engagea , quoique veteran, à se rendre à l'Armée qui

à étoit opposée aux Sabins, sous prétexte d'assister le General de ses conseils. Et pour le déterminer à faire la campagne, il le revêtit du titre d'Envoyé ou de Legat : fonction qui chez les Romains, dit De-D.H. 1. 11. nis d'Halicarnasse, étoit sacrée & inviolable, & qui jouissoit du refpect dû au Sacerdoce , avec l'autorité d'un Officier General, & la puissance des premiers Magistrats.

Siccius fans défiance, & avec la sincerité d'un brave soldat, embrasse avec plaisir l'occasion de rendre service à sa patrie. Il se rend au camp en diligence. Les Decemvirs prévenus par Appius, le reçoivent avec des marques exterieures de joye, & le traitent avec distinction.

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On n'entreprend plus rien sans ses avis ; mais cette déference apparente cachoit le deffein secret de le

faire 'perir. L'occasion s'en presenId. ibid. ta bientôt. Siccius avec sa franchise

ordinaire, n'ayant pas dissimulé aux Decemvirs qu'il ne les trouvoit pas. campez assez avantageusement, ils le chargerent de marquer lui-même un nouveau camp, & on lui donna une escorte pour aller reconnoître la situation du pais. Mais cette escorte n'étoit composée que des satellites des Decemvirs , & qui avoient des ordres secrets de s'en défaire. Siccius s'étant avancé à leur tête jusques dans les détroits de quelques montagnes,ils prirent cette occasion pour le charger.Siccius ne se fut pas plûtôt apperçu de leur mauvais dessein , que s'adossant contre un rocher pour ne pouvoir être pris par derriere, il les reçut avec un courage qui fit trembler les plus hardis. Če

genereux Romain rappellant son ancienne valeur, en tua plusieurs & en blessa d'autres, aucun n'osoit plus l'approcher : ils se contenterent de lui lancer des traits de loin. Mais comme ils n'en

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