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AN. 1186.

Roger. p. 631.

Id. p. 634.

Gall. Chrift. Prefat. edit. 1671. Steph. Torn. epift. 118. & ibi Molin.

IX.
Gui de Lufignan

R. de Jurufalem
Vie MS.deSalad.

an. 1185.

leurs vices, particulierement l'ivrognerie; puis fe tournant vers leurs fuperieurs, il les convainquit de negligence par des raifons fans replique.

Dés l'année precedente le rci d'Angleterre Henri II. avoit envoyé des deputez au pape Urbain, & obtenu de lui plufieurs graces aufquelles le pape Lucius refiftoit fortement; entr'autres de faire couronner roi d'Irlande celui qu'il voudroit de fes trois fils. Urbain lui en donna une bulle, & pour marque de fon confentement lui envoya une couronne de plumes de paon tiffuë d'or. Aprés Noël de l'an 1186. le pape envoya en Angleterre Octavien cardinal diacre & Hugues de Nonant évêque de Coventri, à qui il donna la legation en Irlande pour en couronner roi Jean fils du roi Henri ; car c'étoit celui qu'il avoit choifi; mais il differa ce couronnement, à caufe des affaires qu'il avoit avec le roi de France.

Pierre évêque de Chartres auparavant abbé de Celles, fameux par fes écrits, mourut le vingtiéme de Février 1187. aprés avoir rempli ce fiege fept ans, & reparé les murs & le pavé de la ville. Il fut enterré dans l'abbaye de Jofaphat, & eut pour fucceffeur Renaud de Bar, neveu par fa mere de Guillaume archevêque de Reims, qui tint le siege de Chartres trente ans durant.

En Orient Arnaud de Chastillon feigneur de Carac; continuant fes courfes contre les Mufulmans enleva une grande caravane qui paffoit d'Egypte en Arabie, & fit mettre aux fers tous les paffagers, fans avoir égard à la tréve qui subsistoit alors. Sala

din l'aïant apris envoïa demander la liberté de ces AN. 1187. prifonniers, menaçant de traiter de même les Chrétiens qui pafferoient fur fes terres. Arnaud fuivant la coûtume des Templiers, dont fa place étoit pleine, refufa de rendre les prifonniers, & s'emporta jufques à dire mille indignitez contre Mahomet. Ce qui mit Saladin en telle colere, que prenant Dieu à témoin de la perfidie de fes ennemis, il jura fur le champ de leur faire la guerre de tout fon pouvoir, declara la trêve rompuë, & fit vœu de tuer Arnaud de fa main. Saladin étoit alors maître de l'Egypte, de l'Arabie, de la Syrie & de la Mefopotamie; & les places qui reftoient aux Chrétiens, fe trouvoient enfermées dans fes états. ·

Leur roi Baudouin IV. mourut l'an 1185. & le petit roi fon neveu l'année fuivante. Alors Gui de Lufignan fe fit couronner roi de Jerufalem par le credit de fa femme Sibile heritiere du roïaume; & pouffant fon reffentiment contre Raimond comte de Tripoli, il voulut lui faire rendre compte de l'administration des finances pendant sa regence: de quoi le comte irrité fit un traité particulier avec Saladin, & fe mit fous fa protection. Les choses étoient en cet état quand les Chrétiens refuferent de faire fatisfaction au fultan de l'infraction de la trêve, & des plaintes qu'il faifoit particulierement contre les Templiers. Saladin entra donc fur leurs terres en 1187. avec une armée de plus de cinquante mille hommes; dont un corps avancé rencontra vers Tabarie qui eft Teberiade, Girard de Bideford maître des Templiers & Roger des Mou- Gane. Chr. an

1186. 118.

Roger. p. 634.
Auct. Aquicinct.

4.1187. G Neubr

III. 6. 16.

A N. 1299.
Koger p. 638.
Vie M. S.

X.

Bataille de Ti

beriade.

Epift. in Chr.

Reicherp. an.

1187.

lins maître de l'hôpital. Il les furprit le premier jour de Mai 1187. & les batit: Girard s'enfuit, Roger fut tué, plufieurs Templiers pris, foixante tuez. Saladin encouragé par ce fuccés, affiegea Tiberiade qui appartenoit au comte de Tripoli, mais ce prince cedant aux prieres de la reine de Jerufalem avoit renoncé à fon traité avec Saladin. La ville de Tiberiade fut d'abord emportée de force, mais la citadelle fit une telle refiftance qu'elle arrêta l'armée ennemie pendant plusieurs jours.

Cependant le roi Gui de Lufignan & tous les princes Chrétiens qui venoient au fecours, & ayant affemblé leurs forces ils camperent auprés d'Acre. Les deux armées fe trouverent en presence le jeudi fecond jour de Juillet 1187. & commencerent à combattre le vendredi, jour heureux & facré felon des Musulmans. Le combat dura deux jours, & fut trés-fanglant; mais enfin les Chrétiens accablez par le nombre & abbatus par la foif & la fatigue, , furent entierement défaits. Tous ceux qu'on trouva les armes à la main, furent taillez en pieces: les principaux prifonniers furent le roi Gui de Lufignan, Arnaud de Chastillon le maître du Temple & celui des Hofpitaliers; mais la perte qui fut eftimée la plus confiderable fut celle de la vraye croix. On l'avoit portée en cette bataille selon la coûtume, & c'étoit l'évêque d'Acre qui la tenoit ; après qu'il fut tué un officier de l'église de Jerufalem la releva, & elle fut prise entre fes mains. Les Chrétiens Orientaux & schismatiques n'en furent pas moins affligez que les Latins & les Mufulmans

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Mufulmans regarderent cette conquête comme le AN. 1187.
fruit le plus precieux de leur victoire. Le comte
de Tripolifaprés avoir fait des prodiges de valeur,
fe fauva l'épée à la main au travers des ennemis, &
fe retira à Tyr où il mourut quelque tems aprés
détefté des uns & des autres. Les Chrétiens attri-
buoient à fa trahison la perte de la bataille, & les
Mufulmans l'accufoient de perfidie, pour avoir
rompu fon traité.

Aussi-tôt aprés la bataille Saladin fit dresser sa
tente; on lui prefenta les principaux prifonniers
puis ayant fait retirer tout le monde, il fut quel-
que tems en priere pour remercier Dieu; reconnoif-
fant que cette victoire étoit moins l'effet de fa va- G. Nang
leur, que des crimes des Chrétiens. Il fit ramener
en fa prefence le roi Gui de Lufignan, Arnaud de
Chastillon & les autres feigneurs. Ils les fit affeoir vi. Ms.
à fes côtez, & comme ils étoient extrêmement al-
terez, il fit apporter du forbet rafraîchi dans la nei-
ge dont il prefenta au roi. Ce prince après avoir
bû, donna la taffe à Arnaud; mais le fultan lui fit
dire par un interprete: C'est à toi que j'ai donné à
boire, & non pas à cet homme maudit, qui ne doit
pas efperer de quartier. C'eft que les Arabes avoient
une ancienne coûtume obfervée encore à present
par ceux du defert, tout voleurs qu'ils font, de ne
jamais faire mourir leurs prifonniers quand ils leur
ontdonné à boire ou à manger; c'est un droit d'hof-
pitalité inviolable entre-eux.

Saladin envoya donc manger les princes François
dans un lieu féparé, & quand on les eut ramenez

Tome XV.

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AN. 1187.

il s'adressa à Arnaud, & lui fit de grands reproches de la cruauté avec laquelle il avoit traité les Mufulmans, fur tout des paroles injurieufes qu'il avoit dites contre Mahomet, & des efforts qu'il avoit faits pour piller la Meque & Medine. Il faut donc, ajoûta-t-il, que je vange notre prophéte & nôtre religion: toutefois fi tu la veux embrasser je fuis prêt à te pardonner tout le mal que tu nous as fait. Arnaud répondit avec fermeté, qu'il vouloit mourir Chrétien, & ne témoigna que du mépris, tant pour les offres avantageufes que lui fit le fultan, que pour les tourmens dont il le menaça: Alors Saladin fe levant en colere lui déchargea un coup de fabre fur la tête: ceux de fa fuite acheverent auffi-tôt de le tuer, & jetterent le corps hors de la tente où il demeura jufqu'au foir. C'est ainfi que Saladin accomplit fon vou, & qu'Arnaud de Chaftillon expia fes fautes par un glorieux martyre; dont les feuls écrivains Mahometans nous ont confervé les circonstances. Je compte entre fes fautes, que l'on ne peut excufer, d'avoir fi fouvent violé la foi des traitez. Tous les Templiers & les Hospitaliers pris en cette journée furent égorgez, & on comptoit jufqu'à deux cent trente Templiers ainfi mis à mort. Saladin en donnant cet ordre, dit qu'il Epift. ap. Reg. rendroit un grand service au pays s'il pouvoit le purger entierement de ces affaffins; c'est qu'ils ne faifoient quartier aux Musulmans ni en paix ni en guerre.

8.637.

Saladin ayant pris la citadelle de Tiberiade vint affiéger Acre qui eft l'ancienne Ptolemaïde, voulant

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