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par Hercule, & 30. ou 35. ans après , c'est-à-dire, l'an avant Jesus-Christ 1282. par l'Armée des Grecs sous la conduite d'Agamemnon. Au temps de la premiere prise, on voit paroître Telamon , Hercule , Thesée , Jason , Orphée , Castor & Pollux, & tous ces autres Heros de la Toison d'Or. A la seconde prise, paroissent les fils ou les petits fils des premiers, Agamemnon , Menelaus , Achille , Diomede, Ajax, Hector, Paris, Enée , &c. & dans le temps qui s'écoula entre ces deux époques , arriverent les deux guerres de Thebes où parurent , Adraste, OEdipe , Eteocle, Polynice, Capanée, & tant d'autres Heros, sujets éternels des Fables des Poëtes. Heureux siecle pour les Poëmes & les Tragédies! Aussi les Théatres de la Grece , ont ils retenti mille fois de ces noms illustres. On peut ajoûter que ceux de la France en retentissent encore tous les jours ; ensorte que les Heros de notre siecle, souvent plus Heros que ceux de l'Antiquité, n'osent y paroître que sous des noms empruntés. Ce n'est pas là ce qui surprend le plus; c'est de voir qu'on y fait paroître tous les jours les Divinités usées du Paganisme, & que dans une Ville Chrétienne on voye ces Divinités déplorables y donner l'affreux spectacle de leurs débauches : enforte qu'on est également scandalisé de voir l'ancienne idolatrie paroître avec autant de pompe & d'appareil, qu’on la voyoit autrefois à Rome & à Athenes, comme des leçons dangereuses qu'une morale toute payenne inspire à la jeunesse. Mais revenons à notre Sujet.

Enfin l'Histoire Grecque, jusques-là fi fabuleuse, prit une nouvelle forme par le retablissement des Olympiades : l'on commença alors à placer les évenemens sous leurs époques.

On ne convient pas trop du temps où les Jeux Olympiques, qui y donnerent lieu, furent institués. Leur origine se trouve cachée dans la plus profonde obscurité : Diodore de Sicile dit seulement que ce fut Hercule de Crete qui les institua , sans nous apprendre ni en quel temps , ni à quelle occasion; mais l'opinion la plus commune parmi les Sçavans ,

l; (1) Voyez (1) est que Pelops en fut l'Auteur , & que la premiere cé

.. Scaliger après lebration en fut faite dans l'Elide, la vingt-neuviéme année

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du regne

d'Acrise, la trente-quatriénie du regne de Sicyon, dix-neuviéme Roy de Sicyone ; & pour concilier les époques profanes avec la Chronologie de l'Ecriture Sainte , ce fut lannée vingt-troisiéme de la Judicature de Debbora. Atrée, fils de Pelops , les renouvella , & en ordonna la seconde célebration , l'an avant Jesus-Christ 1418. Enfin Hercule, au retour de la conquête de la Toison d'Or, assembla les Argonautes sur les bords du Fleuve Alphée près de la ville de Pise dans l'Elide , pour y celebrer ces mêmes Jeux, en action de grace de l'heureux succès de leur voyage; & l'on promit de s'y rassembler au bout de quatre ans pour le même sujet. Cependant ces Jeux furent discontinués , jusqu'à ce que Iphitus Roi d'Elide les rétablit 442. ans après, l'an avant l'Ere chrétienne 777. La Grece en fit son époque, & on ne compta plus que par Olympiades ; & depuis ce tempslà l'Histoire Grecque n'est plus fi remplie de Fables.

Cette division, comme je l'ai déja remarqué, nous vient des Grecs qui ignoroient les Antiquités; & ces mêmes temps qu'ils appellent ou inconnus ou fabuleux , sont des temps fort connus lorsqu'on les concilie avec l'Histoire Sainte , & même avec celle d'Egypte , & de plusieurs autres peuples de l'Alie, ce que les Sçayans n'ont pas negligé; & c'est ce qui fait que Scaliger (1) se plaint souvent, & même avec (s) Can. Ilag. des sentimens de douleur , de ceux qui leur ont donné le 1.3. nom de Fabuleux , au lieu de celui d'Heroïques , qui leur conviendroit mieux. Diodore de Sicile avoit dit avant lui, que quoiqu'on ne puisse pas ajouter la même foi à ce qu'on nous raconte de ces anciens temps, qu'à ce qui se passe de nos jours, on ne doit pas pourtant regarder comme des Fables, tout ce qu'on en raconte , puisqu'on y trouve les actions de ces Heros qui sont devenus si celebres.

Quoiqu'il en soit, les Olympiades ont repandu une grande clarté sur le Chaos de l'Histoire. Aulli les sçavants leur ont des obligations infinies ; mais personne , que je sçache , ne leur a témoigné fa reconnoissance avec plus d'affection que le même Scaliger, que nous venons de citer. Il leur fait le plus joli compliment", qu’un Sçavant puisse faire : » Je vous salue , dit-il, divines Olympiades , sacrées dépositaires de

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la verité ; vous servez à reprimer l'audacieuse témerité des Chronologues ; c'est par vous que la lumiere s'est repan

; duë dans l'Histoire ; sans vous , que de verités seroient env sevelies dans les tenebres de l'ignorance ! Enfin c'est par

20 votre moyen que nous sçavons avec certitude , les choses (1) Animad. » mêmes qui se sont passées dans des temps si éloignés ( 1 ); in Luf. Chron.

Mais en voilà assez pour cet article ; venons à la treiziéme source, qui est tirée de l'ignorance des langues.

CHAPITRE V I.

Continuation de la même matiere.

Treiziéme source. L'ignorance des Langues.

LI

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'IGNORANCE des Langues, sur tout de la Phenicienne, a été aussi la source d'une infinité de Fables. Il est sûr

que les Colonies sorties de Phenicie , allerent peupler plusieurs contrées de la Grece. Sans doute que leur Langue se mêloit avec celle des pays où ils alloient (a): & comme la Langue

( Phenicienne a plusieurs mots équivoques, les Grecs qui dans la suite lurent leur ancienne Histoire , qui étoit remplie de phrases Pheniciennes, y ayant trouvé ces mots équivoques , ne manquerent pas de les expliquer dans le sens qui étoit le plus selon leur goût. Il ne faut pas douter même, que lorfqu'ils consultoient les Pheniciens, qui connoissoient le penchant qu'ils avoient pour les fictions, ceux-ci ne leur en ayent souvent imposé. De là ont pris naissance une infinité de Fables : en voici plusieurs exemples, tirés pour la plûpart de Bochart.

Le mot alpha, ou ilpha , dans la Langue Phenicienne, fignifie également un Taureau , ou un navire : les Grecs, au lieu de dire qu'Europe avoit été emmenée sur un vaisseau dans l'Isle de Crete , publierent que Jupiter changé en Taureau l'avoit enlevée. Dans la même Langue, les Pheniciens s'appelloient Hevéens , ou Achiviens; & comme le mot Chiva kgnifie un serpent, les Grecs l'ayant trouvé dans les Annales

:

(a) Bochard & Voflius ont prouvé sans replique , que l'alphabet que Cadmus porta en Grece, étoit Phenicien ; celui dont on s'y fervoit étoit Pelalgien, & il. Le forma une Langue des deux.

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de Cadmus, debiterent que ce Prince avoit été changé en serpent. De même encore, du mot Sir , qui veut dire un Cantique , ils ont fait la Fable des Sirenes. Eole n'a passé parmi eux pour le Dieu des vents & des tempêtes, que parce que le mot Eol, ou Chol, signifie tempête. La Fable qui dit que le Vaisseau des Argonautes parloit , & que Minerve avoit employé au gouvernail un des chênes de la Forêt de Dodone qui rendoient des Oracles, tire aussi son origine d'une équivoque de la Langue Phenicienne, dans laquelle le même mot signifie parler , & gouverner un vaisseau. (7) la Fable des

(1 Du mot Moun , ou Mon, qui veut dire, vice, on a fait le Argonautes. Dieu Momus, censeur des defauts des hommes. ( 2) La Fable 7:3: de la fameuse Fontaine Caftalie, en Béotie, tire aussi son fur Heliode.

(2) Le Clerc origine d'une équivoque : comme elle couloit avec un murmure qui paroissoit avoir quelque chose de singulier (a), & que son eau troubloit l'esprit de ceux qui en buvoient, on s'imagina d'abord qu'elle communiquoit le don de prophetie; & quand il fut question de sçavoir d'où lui venoit cette vertu, on inventa une Fable. Une Nymphe , dit-on , fut aimée d'Apollon ; ( 3 ) comme ce Dieu la poursuivoit un jour , elle (3) Lusatius. se jetra dans cette Fontaine : Apollon pour se consoler de la

perte de sa Maîtresse, communiqua à l'eau de cette Fontaine le don de prophetie. Si les Grecs avoient entendu la Langue Hebraïque , ils auroient bien vû que le mot Caftalie, vient de Castala, qui veut dire bruit ; ( 4)

& ils ne se feroient (4) Bochart. pas jettés dans des Fables ridicules , ressource ordinaire de Chan 1. b. 1. leur ignorance. On doit dire à peu près la même chose de l'origine de la fontaine Hippocrene qu’on dit que le cheval Pegase fit sortir d'un coup de pied sur le mont Helicon parce que le mot Pigran dont on fit Hippigrana & ensuite Hippocrene, veut dire sortir de terre. (6) La Fable de la fontaine Arethuse & d’Alphée son Amant , qu'Ovide décrit si bien , n'est fondée que sur une pareille équivoque. Les Pheniciens étant arrivés en Sicile, voyant cette fontaine environnée de Saules, la nommerent peut-être Alphaga, qui

(a) Castaliceque sonans liquido pede labitur unda Virg. in Culice.

(6) Voyez Bochart. Cban. l. I. C. 16. & M. le Clerc sur Hesiode. De Pigran les Grecs ont fait laterpion tanquam ab equo deduEta voce ; ideò Perfio fons caballinus ; hinc nata Fabula de fonte è terra edito equi ungula perculfa.

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C. 16.

la verité ; vous servez à reprimer l'audacieuse témerité des Chronologues ; c'est par vous que la lumiere s'est repanduë dans l'Histoire ; sans vous , que de verités seroient en» sevelies dans les tenebres de l'ignorance ! Enfin c'est par

20 votre moyen que nous sçavons avec certitude , les choses (1) Animad. » mêmes qui se sont passées dans des temps si éloignés ( 1 ); in Luf. Chron. Mais en voilà assez pour cet article; venons à la treiziéme

source, qui est tirée de l'ignorance des langues.

CHAPITRE VI.

Continuation de la même matiere.

'Treiziéme fource. L'ignorance des Langues.

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'IGNORANCE des Langues, sur tout de la Phenicienne, a été aussi la source d'une infinité de Fables. Il est sûr

que les Colonies sorties de Phenicie , allerent peupler plusieurs contrées de la Grece. Sans doute que leur Langue se mêloit avec celle des pays où ils alloient (a):& comme la Langue Phenicienne a plusieurs mots équivoques, les Grecs qui dans la suite lurent leur ancienne Histoire , qui étoit remplie de phrases Pheniciennes, y ayant trouvé ces mots équivoques , ne manquerent pas de les expliquer dans le sens qui étoit le plus selon leur goût. Il ne faut pas douter même, que lorsqu'ils consultoient les Pheniciens, qui connoissoient le penchant qu'ils avoient pour les fictions, ceux-ci ne leur en ayent souvent imposé. De là ont pris naissance une infinité de Fables : en voici plusieurs exemples, tirés pour la plûpart de Bochart.

Le mot alpha, ou ilpha , dans la Langue Phenicienne, fignifie également un Taureau, ou un navire : les Grecs, au lieu de dire qu'Europe avoit été emmenée sur un vaisseau dans l'Isle de Crete , publierent que Jupiter changé en Taureau l'avoit enlevée. Dans la même Langue, les Pheniciens s'appelloient Hevéens, ou Achiviens ; & comme le mot Chiva fignifie un serpent, les Grecs l'ayant trouvé dans les Annales

(a) Bochard & Voffius ont prouvé sans replique , que l'alphabet que Cadmus porta en Grece, étoit Phenicien ; celui dont on s'y servoit étoit Pelasgien, & il. le forma une Langue des deux.

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