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(1) Voyez

de Cadmus, débiterent que ce Prince avoit été changé en ferpent. De même encore, du mot Sir, qui veut dire un Cantique, ils ont fait la Fable des Sirenes. Eole n'a paffé parmi eux pour le Dieu des vents & des tempêtes, que parce que le mot Eol, ou Chol, fignifie tempête. La Fable qui dit que le Vaiffeau des Argonautes parloit, & que Minerve avoit employé au gouvernail un des chênes de la Forêt de Dodone qui rendoient des Oracles, tire auffi fon origine d'une équivoque de la Langue Phenicienne, dans laquelle le même mot fignifie parler, & gouverner un vaiffeau. (1) la Fable des Du mot Moun, ou Mon, qui veut dire, vice, on a fait le Argonautes. Dieu Momus, cenfeur des défauts des hommes. (2) La Fable T3 (2) Le Clerc de la fameufe Fontaine Caftalie, en Béotie, tire auffi fon fur Hefiode. origine d'une équivoque : comme elle couloit avec un murmure qui paroiffoit avoir quelque chofe de fingulier (a), & que fon eau troubloit l'efprit de ceux qui en buvoient, on s'imagina d'abord qu'elle communiquoit le don de prophetie; & quand il fut queftion de fçavoir d'où lui venoit cette vertu, on inventa une Fable. Une Nymphe, dit-on, fut aimée d'Apollon; (3) comme ce Dieu la poursuivoit un jour, elle (3) Lutatius. fe jetta dans cette Fontaine Apollon pour fe confoler de

:

la

C. 16.

perte de fa Maîtreffe, communiqua à l'eau de cette Fontaine le don de prophetie. Si les Grecs avoient entendu la Langue Hebraïque, ils auroient bien vû que le mot Caftalie, vient de Caftala, qui veut dire bruit; (4) & ils ne fe feroient (4) Bochart. pas jettés dans des Fables ridicules, reffource ordinaire de Chan 1.1.1. leur ignorance. On doit dire à peu près la même chofe de l'origine de la fontaine Hippocrene qu'on dit que le cheval Pegafe fit fortir d'un coup de pied fur le mont Helicon, parce que le mot Pigran dont on fit Hippigrana & enfuite Hippocrene, veut dire fortir de terre. (b) La Fable de la fontaine Arethufe & d'Alphée fon Amant, qu'Ovide décrit fi bien, n'eft fondée que fur une pareille équivoque. Les Pheniciens étant arrivés en Sicile, voyant cette fontaine environnée de Saules, la nommerent peut-être Alphaga, qui

C

(a) Caftaliæque fonans liquido pede labitur unda Virg. in Culice.

(b) Voyez Bochart. Cban, 1. 1. c. 16. & M. le Clerc fur Hefiode. De Pigran les Grecs ont fait iρún tanquam ab equo deductâ voce; ideò Perfio fons caballinus ž hinc nata Fabula de fonte è terra edito equi ungula percuffa.

Chan. 1. 1.

"

C. 18.

(1) Bochart, veut dire, la fontaine des Saules. (1) Les Grecs qui abor derent enfuite dans le même lieu n'entendant pas la fignification de ce mot, & fe fouvenant de leur fleuve Alphée (2) Il coule (2) s'imaginerent que puifque la fontaine & le fleuve avoient dans l'Elide. à peu près le même nom, il falloit qu'ils euffent la même origine, & là deffus, quelque bel efprit compofa le Roman des Amours du Dieu du Fleuve, avec la Nymphe Arethufe. Prefque tous les Hiftoriens enfuite furent la dupe de cette Fable, & dirent que l'Alphée traversoit la mer, & alloit reffortir dans l'Ifle de Sicile, près de la fontaine d'Arethufe (a). Une même racine Phenicienne du mot nahhafch pouvoit fignifier également, ou un Gardien, ou un Dragon: dès qu'on lifoit une Hiftoire où ce mot fe rencontroit, pour marquer le gardien de quelque chofe précieuse, on ne manquoit pas de dire que c'étoit un Dragon. De là toutes ces Fables de ces fameux Dragons, par lefquels on fait garder le Jardin des Hefperides, la Toifon d'or, l'antre de Delphes, & la fameufe fontaine de Thebes: au lieu d'y mettre des hommes, on y a mis des monftres; & ce qui a autorisé la liberté qu'on fe donnoit de prendre dans cette fignification le mot Phenicien, c'eft que pour être le gardien d'une chofe précieufe, & veiller à sa conservation, il faut être vigilant & clair-voyant ; ce que les mots Grecs is & dxv fignifient (b). Voila ce qui a trompé fouvent Palephate, Diodore, & quelques autres, qui pour expliquer ces Fables, en ont fubftitué d'autres à leur place, & ont introduit des perfonnages à qui ils ont donné le nom de Draco. De même quand les Poëtes difent que les Dieux épouvantés par les menaces des Géants, fe revêtirent en Egypte de la figure de plusieurs (3) Ovid. animaux (3), cela n'eft fondé que fur des allufions aux noms Pheniciens ou Hebreux, qui donnerent occafion à ces Fables. C'est ainfi, pour me fervir d'exemples, qu'on ne fçau→ roit contefter que le Dieu Anubis fut changé en chien, parce que nobeach fignifie aboyer: Apis en boeuf, parce que abir

Met. 1. 5.

1

(a) Bochard croit que le mot Arethuse vient du mot Phenicien Arith, qui veur dire ruiffeau.

(b) Le Clerc fur Hef. p. 63. ces mots, dit 'cet Auteur, viennent d' fouen & dipron videre. Igitur credibile eft eamdem vocem Pheniciâ linguâ & ferpentem & uftodem fignificaffe.

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4

F

veut dire un boeuf: Venus en poiffon: Junon en vache, parce qu'Aftarot qui étoit le nom de Junon, fignifie des troupeaux & Dag, qui étoit celui de Venus, ou Aftarté veut dire un poiffon. Je pourrois rapporter ici une infinité d'autres exemples; mais j'efpere dans la fuite en donner tant de preuves, que je convaincrai les plus incrédules.

Il me refte à prouver maintenant, que non feulement les équivoques des Langues Orientales ont donné lieu à une infinité de Fables, mais auffi celles des autres Langues.

Les mots équivoques de la Grecque, par exemple, en ont produit un grand nombre. De crios (1), qui étoit le nom (1)xes. du Gouverneur des enfans d'Athamas, & qui fignifioit un belier, ils ont compofé la Fable du Belier à la Toifon d'or, comme nous le dirons plus au long en l'expliquant. Ils ont changé de même Lycaon en loup, parce que fon nom est le même que celui de cet animal. Ils ont publié que Cyrus avoit été nourri par une chienne, parce que la femme du Bouvier d'Aftyage, qui le nourrit, s'appelloit en grec Cyno, (2) & dans la Langue des Medes Spaco, noms qui veulent (2) rò q dire chienne. (3) Que Venus étoit fortie de l'écume de la (3) Herodot. mer, parce que Aphrodite, qui étoit le nom qu'ils donnoient à cette Déeffe, fignifioit de l'écume. Que le Temple de Delphes avoit été conftruit avec de la cire, & les ailes des abeilles qu'Apollon avoit fait venir des pays Hyperboréens, parce que Pteras (4) dont le nom veut dire une plume, en (4) pèv avoit été l'Architecte: On doit dire la même chofe des autres penna. Fables, où l'on trouve que quelques enfans ont été nourris par des Chevres, comme Ægifte, ou par une Biche, comme Telephe, fils d'Hercule, parce que leurs noms répondent à

κυνός.

1.

ceux de ces animaux.

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fource.

Mais pour donner plus de vrai-femblance à toutes ces ori- !Quatorziéme gines, il eft bon de faire voir en peu de mots, & par des exemples inconteftables que la plupart des Fables des Grecs venoient d'Egypte & de Phenicie.

Les Grecs ne font pas à beaucoup près fi anciens que les autres peuples d'Orient. Les Arts & la politeffe regnoient en Egypte, lorfque les peuples d'Occident vivoient encore dans une brutale groffiereté : c'étoit par les Colonies qui for

:

toient d'Orient, qu'ils apprenoient à bâtir des Villes, à vivre en focieté, & à s'habiller. C'est de là que venoient les ceremonies de la Religion, le culte des Dieux, & les facrifices. On n'en fçauroit douter après le témoignage formel des plus anciens Auteurs. Les Fables étoient mêlées avec la Religion, elles en étoient le fondement : c'étoit la Fable qui avoit introduit ce grand nombre de Dieux qu'on avoit fubftitué à la place du veritable; ainsi en apprenant la Religion des Egyptiens, les Grecs apprenoient auffi leurs Fables. Il eft certain, par exemple, que le culte de Bacchus étoit formé fur celui (1) L. 1. d'Osiris ; Diodore le dit en plus d'un endroit (1). Les représentations obfcenes de leur Hermès & de leur Priape n'étoient-elles pas les mêmes que le Phallus des Egyptiens? Herodote (2) a beau dire que c'étoient les Pelafges qui leur avoient appris ces myftérieufes infamies les Pelafges, tout anciens qu'ils étoient dans la Grece, étoient modernes en comparaifon des Egyptiens; & comme ils étoient vagabonds, quelqu'un d'eux pouvoit être forti d'Arcadie, qui étoit leur premiere habitation, & avoir voyagé en Egypte. Cadmus & Melampe avoient apporté ce culte dans la Grece ; & le premier ne fouffrit tant de perfecution, jufqu'à être chaffé de fon Royaume, que pour s'être oppofé aux innovations qu'on avoit introduites dans les Fêtes de cette ancienne Divinité. Tel étoit le genie des Grecs; ils changeoient & les noms & les ceremonies des Dieux d'Orient, pour faire croire dans la fuite qu'ils étoient nés dans leurs pays; comme nous le voyons dans cet exemple, dans celui d'Ifis qu'ils appelloient Diane, & dans une infinité d'autres. La Fable de Derceto, ou d'Atergatis, n'eft-elle pas la même que celle de Dagon ? Les Grecs n'ont-ils pas compofé ce nom de ceux d'Adir & d'Agon, grand poiffon? comme Selden le démontre (3): & n'eft-ce pas pour cela qu'Ovide dit que Derceto fut changée en poiffon? La Fable de Venus & d'Adonis n'étoit-elle pas originaire de Syrie? Et fi l'on publia que cette Déeffe étoit fortie de la mer, c'eft que fon culte étoit paffé des côtes de Syrie en Chypre, de là à Cythere, & enfuite dans la Grece. Io changée en vache, n'est-elle pas la même qu'Ifis adorée par les Egyptiens fous la figure de cet animal ?

Et

(2) L. 2.

(3) de Diis Syris, Synt 2.

6.3.

nus,

Et fi, felon Plutarque (1), il y avoit une ancienne Tradition (1) in Ifide. qui portoit que cette Déeffe avoit été métamorphofée en Hirondelle, n'eft-ce pas, comme le remarque Bochart (2), parce que dans les Langues d'Orient, Sis fignifie une Hirondelle? La Fable d'Arachné changée en Araignée, ne vientelle pas de l'Hebreu Arag, qui veut dire filer? terme que l'Ecriture employe pour les toiles mêmes que les Araignées filent. Celle d'Efculape, nourri par une Chienne, ne vientelle pas de Phenicie? Et quand Sanchoniathon ne le diroit pas expreffément, ne verroit-on pas qu'on a compofé ce nom & cette Fable de deux mots Hebreux, Is Calibi, Vir Canid'où les Grecs ont fait leur Afclepios, & les Latins leur Efculape? Pourquoi, je vous prie, difoit-on que Diane avoit été changée en chat, finon parce que cette Déeffe, selon Herodote (3), étoit appellée en Egypte Bubafte, qui veut dire un chat dans la Langue du pays, comme nous l'apprend Stephanus (4). Le Mercure des Latins, l'Hermès des (4) in voce Grecs, & le Teutat des Gaulois n'étoit-il pas la_copie de Bubaftis. l'ancien Thot des Egyptiens? Tout l'attirail des Fables que les Poëtes mêlerent dans leur Adès, en un mot tout leur fyftême Poëtique de l'Enfer, ne venoit-il pas des Egyptiens? Diodore de Sicile (5) & Porphyre (6) le difent formelle (Lib. 1. ment, & nous le prouverons fort au long dans la fuite. Py- de Abft. thagore n'avoit-il pas puifé chez ce même peuple les rêveries de la Métemplycofe, & Homere la Fable des Métamorphofes de Protée ? J'en pourrois rapporter encore plusieurs autres; mais en voilà plus qu'il n'en faut pour prouver que le plus grand nombre des Fables des Grecs & des Latins venoient d'Egypte & de Phenicie : que Bochart & quelques autres ont eu raifon d'en chercher fouvent le dénouement dans les Langues Orientales; & que fi on a de la peine à les reconnoître, c'eft que les Grecs qui avoient un penchant infini pour les fictions, & qui d'un autre côté vouloient paffer pour anciens, aimant mieux rapporter leur origine aux fourmis de la forêt d'Egine, ou aux dents du Dragon de Cadmus, que de reconnoître qu'ils defcendoient des Peuples étrangers, changeoient tout dans les Fables, les noms, les avantures, & les ceremonies de la Religion; voulant faire Tome I. I

(2) De ans mal. p. 2.1.10,

(3) L. 2.

C. 156.

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