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séparez, & souvent réunis, lui faisoient une guerre presque continuelle. Ce fut peutêtre à l'animosité de ces voisins, que les Romains furent redevables de cette valeur & de cette discipline militaire , qui dans la suite les rendirent les maîtres de l'Univers.

Tarquin vivoit encore, il avoit

ménagé secretement une ligue An de Ro. puissante contre des Romains : mc 287.

trente villes du pays Lacin s'intés resserent à son rétablissement. Les Herniques & les Volsques favoriserent cette entreprise : il n'y eut que les peuples d'Etrurie qui vou- , lurent voir l'affaire plus engagée avant que de se déclarer ; & ils resterent neutres dans la vûë de prendre parti suivant les événemens.

Les Consuls & le Sénat ne virent pas sans inquiétude une conspiration fi generale contre la République; on songea ausli-tôt à se mettre en défense. Comme Rome n'avoit point d'autres soldats que ses citoyens, il fallut faire prendre les armes au peuple; mais les plus pauvres , & ceux sur-tout qui és

toient chargez de dettes, déclaré-
rent que c'étoit à ceux qui jouis-
foient des dignitez & des biens de
la République à la défendre; que
pour eux, ils étoient las d'exposer
tous les jours leurs vies pour des
maîtres si avares & si cruels. Ils
refuserent de donner leurs noms,
suivant l'usage , pour se faire en-
roller dans les Légions; les plus
emportez disoienc même , qu'ils
n'étoient pas plus attachez à leur
patrie, où on ne leur laissoit pas
un pouce de terre en proprieté,
qu'à tout autre climat , quelqu'é-
tranger qu'il fût; que du moins
ils n'y trouveroient point de
créanciers; que ce n'étoit qu'en
sortant de Rome qu'ils s'affran-
chiroient de leur tyrannie , & ils
menacerent hautement d'aban-
donner la Ville, fi
tus-Consulte on n'abolissoit tou-
tes les dettes.

Le Sénat inquier d'une désobeïl- D. H. 1. s.
sance peu différente d'une révolte
déclarée, s'assembla aufli-tôt : on
ouvrit différens avis.Les Sénateurs
les plus modérez opinerent en fa-
veur du soulagement du peuple.

par un Séna

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M. Valerius frere de Publicola, & qui à son exemple affe&oit d'être populaire, représenta que la plû. part des pauvres Plébeïens n'a. voient été contraints de contracter des dettes, que par les malheurs de la guerre; que si dans la conjon&ture où une partie de l'Italie s'étoit déclarée en faveur de Tar. quin, on n'adoucissoit pas les peiDes du peuple, il étoit à craindre que le désespoir ne le jettât dans le parti du tyran,& que le Sénat pour vouloir porter trop loin son autorité, ne la perdît entierement par le rétablissement de la Royauté.

Plusieurs Sénateurs , & ceux sure tout qui n'avoient point de débi. teurs, se rangerent de son senti

ment; mais il fut rejetté avec inId, Ibid. dignation par les plus riches. Ap

pius Claudius s'y opposa aufli , mais par des vûës différentes. Ce Sénateur austere dans ses moeurs, & severe observateur des Loix soutenoit qu'on n'y pouvoit faire aucun changement fans péril pour la République. Quoi que fenfible à la misere des particuliers qu'il alliftoit tous les jours de son bien,

il ne laissa pas cependant de déclarer en plein Senat, qu'on ne pouvoit pas avec justice refuser le secours des Loix aux créanciers qui voudroient poursuivre avec rigueur les débiteurs.

Mais avant que d'entrer dans un plus grand détail de cette affaire, peut être ne sera-t-il pas inutile de faire connoître particulierement un Patricien qui eut tant de part , aussi bien que ses descendans, aux différentes révolutions qui agicerent depuis la République.

Appius Clausus ou Claudius ; An de Ro. étoit Sabin de naissance , & des

me. 250. principaux de la Ville de Régille. Des diffentions civiles dans les quelles son parci se trouva le plus foible, l'obligerent d'en sortir. Il se retira à Rome qui ouvroit un azyle à tous les étrangers. Il fut suivi de la famille & de ses partisans, que Velleïus Paterculus fait monter jusqu'au nombre de cinq mille.

On leur accorda le droit de Bourgeoisie, avec des terres pour habiter, situées sur la riviere de Téveron : celle fut l'origine de la cri

bu Claudienne. Appius qui en é toit le Chef, fut reçu dans le Sénat, & il s'y fit bien-tôt distinguer par la sagesse de ses conseils, & sur

tout par la fermeté. Il s'opposa Id, Ibid. hautement à l'avis de Valerius , 1. 5. comme nous venons de le dire, &

il représenta en plein Sénat que la Justice étant le plus ferme soutien des Etats, on ne pouvoit abolir les dettes des particuliers sans ruiner la foi publique , le seul lien de la societé parmi les hommes. Que le peuple même en faveur de qui on sollicitoit un Arrest si injuste, en souffriroit le premier ; que dans de nouveaux besoins les plus riches fermeroient leurs

le mécontentement des Grands n'étoit pas moins à 1

craindre que le murmure du peuple, & qu'ils ne souffriroient peutêtre pas qu’on annullât des Contra&ts qui étoient le fruit de leur épargne & de leur tempérance. Il ajouta que personne n'ignoroit que Rome dans son origine n'avoit pas assigné une plus grande quantité de terres aux Nobles & aux Patriciens, qu'aux Plébéïens.

Que

bourses ; que

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