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inventé les hiéroglyphes pour cacher leur fcience: il a diftingué trois époques principales dans l'art de fe communiquer les idées par écrit ; fous la premiére, l'écriture n'étoit qu'une fimple représentation des objets, une véritable peinture; fous la feconde elle ne confiftoit qu'en hiéroglyphes, c'est-à-dire, en une peinture abbrégée, qui, par exemple, au lieu de représenter un objet entier, n'en repréfentoit qu'une partie, un rapport, &c. Enfin fous la troifiéme époque les hiéroglyphes altérés dans leurs traits devinrent les élémens d'une écriture courante: (a) ainsi les lettres Egyptiennes proprement dites n'étoient au fond que des hiéroglyphes pareils à ceux des obélifques, mais fimplifiés & modifiés par le befoin & par l'ufage. M.Warburton auroit pû mettre cette excellente théorie à portée de tout le monde, en plaçant dans une premiére colomne une fuite d'hieroglyphes, & dans une feconde les lettres qui en font dérivées; mais fans doute que les bornes qu'il s'étoit prefcrites ne lui ont pas permis d'entrer dans ce détail. Quoi qu'il en foit, tous ceux qui recherchent l'origine des Arts & des connoiffances humaines, peuvent vérifier le systême du fçavant Anglois, & fe convaincre que les lettres Egyptiennes ne font que des hiéroglyphes déguifés. Nous avons affez de fecours pour entreprendre cet examen. Les Recueils des Antiquaires offrent plufieurs monumens Egyptiens chargés d'hieroglyphes: & la feule

(a) Je ne prétends pas avancer que la deuxième efpéce d'écriture foit au fond la même que la troifiéme, ni que l'une foit une fuite néceffaire de l'autre. Les hieroglyphes étant des fignes repréfentatifs des idées, diffèrent effentiellement des lettres qui ne font que des fignes représentatifs des fons. Que deux hieroglyphes fimples foient joints ensemble, il n'en réfultera pas un mot, mais un hiéroglyphe plus compofé, & représentatif d'une idée plus compliquée. Pour qu'un hiéroglyphe devienne une lettre, il faut

qu'il change abfolument de nature. Ainfi quand je dis que les lettres Egyptiennes tirent leur origine des hiéroglyphes, je veux dire fimplement qu'en inventant l'écriture courante on prit des hiéroglyphes déja connus pour les faire fervir d'élémens au nouvel alphabet, & que les lettres Egyptiennes confervent à-peu-près la forme & non la valeur des hiéroglyphes. C'eft fous ce feul point de vûe que j'ai cru devoir envifager ici le principe de M. Warburton.

bande de toile que l'on publie ici fuffiroit
pour donner
une idée de l'écriture courante; fidélement copiée sur
l'original, elle contient prefque toutes les lettres de
l'alphabet, & celles qu'elle n'a point se trouveront sur
les monumens que je vais indiquer.

1o. Une bande de toile tirée d'une mumie, & envoyée en France par M. Maillet. M. Rigord de Marseille la fit graver, & la publia avec une affez longue differtation dans les Mémoires de Trévoux.

2o. Une inscription inférée dans le fecond volume de l'Antiquité expliquée.

3°. Une autre infcription qui fe trouve dans le Supplément de l'Antiquité expliquée.

4°. J'ai entre les mains la copie d'une quatriéme infcription Egyptienne, trouvée fur un rouleau de toile qu'un curieux de Marseille conserve dans fon cabinet.

Tous ces monumens donnent une premiére forte d'écriture affez uniforme. En les rapprochant les uns des autres, on formera une lifte de caractères en ufage parmi les Egyptiens; mais afin de ne pas trop groffir cette lifte, il faut obferver que dans l'écriture dont nous parlons, on plaçoit quelquefois plufieurs lettres au - deffus l'une de l'autre, & que d'autres fois certaines lettres ne paroiffent diftinguées entr'elles que par des efpéces d'accens & de points. Il faut avoir égard à ces fingularités, & l'on trouvera qu'après les réductions qu'elles donnent occafion de faire, la lifte des caractères Egyptiens eft encore très-nombreuse; ce qui vient peut-être de ce que la même lettre fe configuroit diversement, fuivant la place qu'elle occupoit dans un mot. Mais comme il s'agit bien moins ici de découvrir l'alphabet de la langue Egyptienne, que de s'affûrer qu'il émanoit des hiéroglyphes, il fuffira d'avoir une affez grande quantité de lettres ifolées, & de les comparer avec les figures représentées fur les monumens Egyptiens. Or je puis affûrer que l'on appercevra entr'elles la liaison la plus

Juin 1704.

Pl. CXL.

T. II. Pl. LIV.

intime, & les rapports les plus fenfibles; & pour s'en convaincre, on n'a qu'à jetter les yeux fur le N°. I. de la XXVI. Planche. J'y ai fait graver fur une premiére colomne une fuite d'hieroglyphes tirés la plupart des obélifques, & dans une colomne correfpondante, les lettres Egyptiennes qui viennent de ces hieroglyphes. On trouvera, par exemple, que le premier hiéroglyphe repréfentant une barque, a produit un élément d'écriture dont la valeur a pû varier, fuivant les points ou les traits dont il étoit affecté; que le troifiéme hiéroglyphe, qu'on croit être l'image d'une porte, en perdant fon arrondiffement, a formé la lettre qui lui eft paralléle; que la figure d'homme ou d'animal accroupie au N°. IV. eft devenue une lettre qui ne conferve que les linéamens du symbole original; enfin que le ferpent figuré fi fouvent fur les monumens Egyptiens N°. XIX. s'eft changé en un caractère qui retrace encore aux yeux les finuofités de ce reptile. Ôn trouvera auffi que d'autres hiéroglyphes, tels que le 2. le 5. le 6. le 11. le 13. &c. ont paffé dans l'écriture courante, fans éprouver le moindre changement. Au refte, ce n'est ici que le léger effai d'une opération qui pourroit être pouffée plus loin, & dans laquelle on appercevroit peutêtre des rapports différens de ceux que j'ai établis entre certaines lettres & certains hiéroglyphes; mais en général l'examen des lettres Egyptiennes prouve vifiblement leur origine; & plus il eft approfondi, plus il fert à confirmer le fentiment de M. Warburton.

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Ce n'eft pas feulement à cette premiére espèce de lettres que le principe de cet Auteur s'applique. On doit l'étendre encore à une forte d'écriture Egyptienne que les monumens nous préfentent, & dont on trouvera un modéle au No. II. de la Planche XXVI. C'eft une infcription publiée affez peu correctement par M. Rigorda, & par le P. de L'Ant. expliq. Montfaucon, b & dont je donne une copie plus exacte

Mém. de Tré

Juin 1704.

b

Tom. II. Pl. Liv. d'après l'original que j'avois vû dans le cabinet de feu M.

le

le Président de Mazaugues. Il s'en trouve de femblables & en grande quantité fur les rochers du Mont Sinaï, & Pocock en a rapporté plus de 80. dans la Relation de fon voyage. Mais il auroit dû nous avertir que quelques-unes de ces infcriptions font en Arabe, & que d'autres fois on voit des mots de cette langue mêlés confufément avec des mots Egyptiens. Cependant quoique Pocock ait tout copié fans choix & fans diftinction, fa copie même prouve le fentiment que j'avance. L'écriture y eft difpofée dans un ordre naturel; on n'y voit pas ces efpéces de points, d'accens & de traits qui font fur notre bande de toile; en un mot, elle eft affez ressemblante à celle de l'inscription que je produis.

En admettant cette double efpéce de lettres, on eft d'accord avec les Anciens qui reconnoiffent deux fortes d'écritures Egyptiennes, celle qu'ils appelloient facerdotale, & celle qui étoit connue fous le nom de vulgaire. La premiére confacrée à des usages religieux, & propre à voiler les mystères de la théologie, étoit fans doute trèsdifficile à lire, & c'eft peut-être celle des bandelettes des mumies: la feconde devoit être plus fimple & plus familiére. C'est, à mon avis, celle de la plupart des infcriptions du Mont Sinaï, & de l'inscription gravée dans la Planche XXVI.

J'ignore fi ces deux fortes d'écritures ont été formées l'une de l'autre ; mais il me paroît qu'elles avoient quelques lettres qui leur étoient communes ; &, ce qui eft plus effentiel à mon objet, qu'elles tiroient également leur origine des hiéroglyphes. Cette derniére propofition a été prouvée plus haut par rapport à la premiére espéce de lettres Egyptiennes ; & elle le fera, je crois, quant à la feconde, fi l'on veut faire attention au N°. III. de la Planche XXVI. où l'on a représenté dans une colomne quelques lettres Egyptiennes tirées de l'inscription gravée au N°. II. & dans une colomne relative les hiéroglyphes

K

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Mém. de TréToux, Juin 1704.

qui ont produit ces lettres. Ainfi, fous quelque afpect qu'on envifage les caractères Egyptiens, tout concourt à prouver qu'ils viennent des hiéroglyphes, & à donner une forte d'évidence au principe de M. Warburton.

Ce point une fois établi, il faudroit examiner fi les lettres Egyptiennes ont formé les Phéniciennes. Cette queftion eft d'autant plus difficile à réfoudre, que les monumens Phéniciens font encore plus rares que ceux des Egyptiens; nous ne connoiffons qu'une de leurs infcriptions, qui n'a pas même été trouvée en Phénicie. Nous avons quelques médailles frappées à Tyr, à Sidon, en Sicile, à Carthage, à Malthe, &c. avec des caractères qui, relativement à ces divers pays, femblent avoir éprouvé quelqu'altération. Cependant il paroît en général qu'ils ont une très-grande affinité avec les Egyptiens; & j'en donnerai pour preuve les monumens dont j'ai parlé, & fur-tout l'infcription de la Planche XXVI. L'écriture reffemble si fort à la Phénicienne, que M. Rigord n'a pas craint de lui donner ce nom : mais le P.de Montfaucon & le P. Calmet en ont mieux jugé, en la déclarant Egyptienne. En effet, elle eft gravée au-dessous d'un bas-relief Egyptien; & de plus elle ne présente point de lettre qui ne foit dans notre bande de toile, & dans les infcriptions du Mont Sinaï. Qu'il me foit donc permis d'avancer comme un principe prefque démontré, que les lettres Egyptiennes doivent leur origine aux hiéroglyphes, & comme une très-forte conjecture qu'elles ont à leur tour donné naissance aux Phéniciennes : les Grecques viennent des unes ou des autres. Les lettres femblent donc avoir paffé des Egyptiens aux Phéniciens, aux Grecs, aux Latins, &c.

Il fuit de-là que rien ne faciliteroit plus l'intelligence de l'écriture Egyptienne, que celle des caractères Phéni¬ ciens, dont on nous a donné quelques alphabets, avec lesquels on ne peut rien expliquer. On fera peut-être plus

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