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admirateur d'Ariftote, il ne veut pas toutefois AN. 1159. qu'on le fuive aveuglement, & marque plufieurs de ses erreurs. C'eft ce qui me paroît de plus remarquable dans ces deux ouvrages de Jean de Sarifberi.

30.

Après la fête de Pâques qui l'an 1159. fut le douziéme d'Avril, l'empereur Frideric tint une affemblée en fon camp près de Boulogne, pour juger les Milanois qui s'étoient revoltez contre lui. A cette affemblée fe trouverent quatre cardinaux legats du pape Adrien : favoir deux prêtres, Octavien du titre de fainte Cecile & Henri de S. Ncrée & deux diacres, Guillaume auparavant archidiacre de Pavie & Gui de Crême. Il y avoit aufli des deputez du fenat & du peuple Romain. Les cardinaux dirent que le pape demandoit l'execution du traité de paix fait avec le pape Eugene, puis ils firent les propofitions fuivantes. L'empereur n'envoïera point de nonce à Rome à l'infccu du pape, puifque toute la magiftrature y appartient à S. Pierre avec toutes les regales. Il ne levera point de droit de fourage fur les domaines du pape, finon au tems de fon couronnement. Les évêques d'Italie ne lui feront que ferment de fidelité, fans hommage. Ses nonces ne logeront point dans les palais des évêques. De plus le pape demandoit la reftitution de plufieurs terres, & des tributs de Ferrare de Maffe, de toutes les terres de la comteffe Mathilde, de tout le païs depuis Aquapendente jufques à Rome, du duché de Spolete & des ifles de Sardaigne & de Corse.

,

Tome XV.

K

suite des differens entre le paRadev.i. c. 29.

pe & 1 empereur.

AN. 1195.

A ces propofitions du pape l'empereur dit : Quoi que je ne doive pas répondre fur des articles fi importans fans le confeil des feigneurs, je ne laiffe pas de vous dire dès à prefent, que je ne demande point d'hommage aux évêques d'Italie, s'ils veulent ne rien poffeder de mes regales. Mais s'ils écoutent volontiers le pape quand il leur dit : Qu'avez-vous affaire du roi? Je leur dirai auffi : Qu'avez-vous affaire de terres? Il dit que nos nonces ne doivent pas être reçûs dans les palais des évêques. J'en conviens, pourvû que ces palais foient bâtis fur le fond des évêques & non fur le nôtre : car la superficie cede au fonds. Il dit que la magistrature & les regales de Rome appartiennent à S. Pierre. Cet article eft important, & auroit besoin d'une plus mûre déliberation. Car puifque je fuis empereur Romain par l'ordre de Dieu, je ne porte qu'un vain titre fi Rome n'eft pas en ma puiffance

L'empereur offroit toutefois de rendre justice au pape fur tous les chefs dont il fe plaignoit, pourque le pape la lui rendit auffi de fon côté fur plufieurs griefs qu'il propofoit : mais les legats ne vouloient point mettre les droits du pape en compromis: pretendant qu'il ne fe pouvoit foûmettre au jugement de perfonne. Les griefs de l'empereur étoient que le pape avoit manqué au traité, par lequel il avoit promis de ne fe reconcilier avec les Grecs, le roi de Sicile & les Romains, que du confentement de l'empereur. Que les cardinaux paffoient librement par fon roïaume fans fa permis

pro

fion, qu'ils entroient dans les palais des évêques, An. 1159. qui apartenoient au roi, & qu'ils étoient à charge aux églifes. Enfin il fe plaignoit des appellations. injustes & de plusieurs autres defordres. Les legats dirent, qu'ils ne pouvoient rien faire fans favoir la volonté du pape ; ainfi on réfolut qu'il choifiroit fix cardinaux, & l'empereur fix évêques, pour examiner & terminer cette affaire. On en fit la position au pape : mais il la rejetta, disant toûjours qu'il ne vouloit point d'autre paix, que celle qui avoit été faite avec le pape Eugene. L'empereur de fon côté refufa de s'en tenir à ce traité; & prit à témoin tous les évêques, & les feigneurs Allemans & Lombards, qu'il offroit de rendre en tout justice au pape, à condition que le pape auffi la lui rendroit. Les deputez des Romains qui étoient presens, demeuroient étonnez & indignez de ce qu'ils entendoient; & l'empereur réfolut d'envoïer à Rome pour faire la paix du moins avec eux, fi le pape persistoit à la refuser.

C. 31.

Mais cette negociation fut terminée par la mort du pape Adrien, qui arriva le mardi premier jour de Septembre la même année 1159. à Agnania, d'où fon corps fut porté à Rome, & enterré à S. Pierre prés du pape Eugene III. Adrien avoit tenu le S. fiége quatre ans & neuf mois, pendant lefquels il augmenta le Patrimoine de S. Pierre de plufieurs acquifitions: mais étoit fi éloigné d'enrichir fes parens, qu'il ne laissa pour subsistance à sa mere qui vivoit encore, que les charitez de l'églife epift. 24. de Cantorberi.

S. Th. Cant.

XXXVII. Mort d'Adrien.

Alexandre III pa

pe. Octavien anti

pape.

C.

fo.de ceu. an.

1159.

Ada ap. Bar.

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Après fes funerarailles les évêques & les cardinaux s'assemblerent à S. Pierre pour l'élection du fucceffeur & aïant déliberé trois jours, ils s'acorderent tous à l'exception de trois, à choifir Roland cardinal & chancelier de l'église Romaine. Il étoit de Siene fils de Rainuce & fut premierement chanoine de Pife, d'où le pape Eugene fur fa reputation le fit venir à Rome; & l'ordonna d'abord diacre du titre de S. Cofme puis prêtre du titre de S. Marc, & enfin le fit chancelier. Car il étoit éloquent & bien inftruit des sciences divines & humaines. Son élection fut approuvée par le clergé & le peuple de Rome, & on le nomma Alexandre III. Les trois cardinaux qui ne consentirent pas à fon élection furent Octavien du titre de fainte Cecile, Jean de Morfon du titre de faint Martin, & Gui de Crême du titre de S. Callifte tous trois prêtres: dont les deux derniers nommerent Octavien, pour le faire élire.

Cependant ceux qui avoient élû Alexandre le revêtirent auffi-tôt de la chappe d'écarlate, qui étoit l'habit particulier du pape ; & cette ceremonie étoit l'inveftiture du pontificat. Alexandre refistoit & s'enfuïoit, proteftant de fon indignité : mais enfin il fut revêtu par Odon premier des diacrcs. Alors Octavien se voïant fruftré de son esperance, arracha la chape des épaules d'Alexandre & la voulut emporter: mais un fenateur qui étoit prefent, indigné de cette violence, lui ôta la chape d'entre les mains. Octavien tourna les yeux avec furie vers son chapelain, criant & lui faisant signe

de lui doner la chape rouge qu'il avoit aportée:puis AN. 1159. aïant ôté fon bonnet & baiffant la tête, il s'en revêtit avec tant de precipitation que ne pouvant trouver le capuce il mit le devant derriere, ce qui fit rire tous les affiftans, & fit dire à fes adverfaires qu'il étoit élu à rebours. Auffitôt on ouvrit les portes de l'église que les fenateurs avoient fermées, & des troupes de gens armez entrerent avec grand bruit l'épée à la main, pour prêter main-forte à Octavien, que fon parti nommoit le pape Victor III.

Alexandre & les cardinaux qui l'avoient élu craignant la violence, fe retirerent dans la fortereffe de l'église de S. Pierre : où ils demeurerent neuf jours enfermez & gardez jour & nuit par des gens armez, du confentement de quelques fenateurs gagnez par Octavien. Enfuite preffez par les clameurs du peuple ils les retirerent de la fortereffe, mais ce fut pour les transferer dans une prifon plus étroite au de-là du Tibre, où ils furent environ trois jours. Toute la ville en fut émuë, les enfans mêmes crioient contre Octavien : les femmes le chargeoient d'injures & faifoient des chanfons contre lui, l'appellant en Italien Smantacompagno, pour marquer qu'il avoit ôté le manteau à Alexandre. Enfin le peuple ne pouvant plus fouffrir cette violence marcha au lieu où les cardinaux étoient enfermez, conduit par Hector Frangipane & d'autres nobles. Ils obligerent les fenateurs à en ouvrir les portes, & mirent en liberté Alexandre & les cardinaux : qui traverferent la ville avec des acclamations de joie & au fon de toutes les clo

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