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Cod. 2793

un homme qui donna aux Chaldéens quelques principes de Philosophie ; & quelque connoissance des anciennes traditions , & leur laissa des memoires sur ce sujet. On ne l'a representé comme une espece de monstre, moitié homme, moitié poisson , que parce qu'il étoit couvert d'écailles : on n'a dit qu'il se retiroit la nuit dans la mer , que parce qu'il rentroit tous les soirs dans son vaisseau : qu'il ne mangeoit point , parce qu'il prenoit ses repas dans son bord ; ainsi du refte. Ce que dic Helladius , dont nous avons un fragment que Photius nous a conservé (1), d'oès, ou Oen, confirme :) 2. Blba l’explication que je viens de donner de cette fable : car cet Auteur , dont le recit convient assez avec ce qu'en a rapporté Berose , ajoute qu'Oen, qui avoit des mains , des pieds, & une tête d'homme , étoit reellement un homme, & n'avoit été pris pour un poisson, que parce qu'il étoit couvert depuis la tête jusques aux pieds, de peaux de poisson, Ce qu'il dit ensuite, qu'on publioit qu'il étoit sorti de l'oeuf primitif, d'où tous les autres êtres avoient été tirés , n'est fondé la ressemblance de son nom , avec le mot grec Oon, qui signifie un Oeuf ; ou plutôt sur l'ancienne fable qui suppofoit que tout étoit sorti d'un quf. Remarquons en passant qu'Hygin dit aussi, apparemment d'après ces deux Auteurs qu'Eauhannés, ou comme portent les Imprimés, Euhadnés, dont le nom est une corruption de celui d'Oannès , étoit venu par mer en Chaldée, & y avoit enseigné l'Astrologie.

Ġeorge Syrcelle qui nous a conservé les fragmens de plusieurs Anciens, dit que selon Abydene, un second Annedotus ou un animal ressemblant à Oannès, étoit forti aussi

2 de la mer sous le regne d'Amillarus , qui habitoit dans la ville de Pantibibla (a), vingt & fix Sares après le commencement de la Monarchie des Chaldéens : mais Apollodore le Chronographe disoit, suivant la même Syncelle, qu'il n'avoit

que sur

paru

(a) Scaliger sur Eusebe, p. 406. remarque très-bien que les Anciens n'ont rien dit de la ville nommée Pantibibla. Seroit elle la Sipphara de Ptolomée, dans laquelle Xixutrus , qui est le même que Noé, depofa les Mémoires qu'il avoit composés avant le Deluge ? puisque ce nom peut étre derivé du mot Chaldeen Sepher, ou Spher , Livre , Recueil ; & c'est là le sens qu'a en Grec le mot Pantibibla. Le Chevalier Newton, dans sa Chronologie , prend cette ville pour la Sepharyainn dont il est parlé au second Livre des Rois, Chap. 19. v. 13,

que sous le regne suivant, c'est-à-dire, du

suivant, c'est-à-dire, du temps d'Amenos) Én quoi on blâmoit Polyhistor , d'avoir introduit après Bea rose son Oannès à la premiere année; c'est-à-dire , vraisemblablement, au commencement de cette même Monarchie. Le même Apollodore parle d'un quatriéme Annedotus , qui étoit aussi forti de la mer, sous le regne de Daonus; & Abydene nomme quatre personnes qui vinrent alors par mer , pour enseigner plus en détail ce qu'Oannès n'avoit appris aux Chaldéens, que d'une maniere abbregée ; il nomme ces quatre Docteurs, Euhedochus , Eneugamus , Eneubalus , & Anembotus.

Telle étoit la Tradition des Chaldéens sur l'origine du monde, dans laquelle il paroît qu'on suppose les Dieux antérieurs à la formation du monde. On voit qu'il n'y est nullement parlé de leur naissance , comme dans celle des Pheniciens & des autres Peuples dont je parlerai dans le chapitre suivant. Quoiqu'il en soit, voici les dix premieres generations, suivant l'opinion des Chaldéens , & la durée de leurs regnes par Sares (a).

.

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4 Amenon,

.

Suivant Africanus. Suivant Abydene dans le Suivant Apollodore dans la

même Auteur.

même Auteur. I Alorus regna 10.

1 Alorus,

IO 1 Alorus, IO Sares.

2 Alaparus, 3 2 Alaparus, 2 Alasparus, 3. 3 Amillarus, • 13 3 Amelon, 3 Amelon, 13

12 4 Amenon, 4 Amenon, 12 5 Megalarus, 18 5 Megalarus, 18 5 Metalarus, 18

6 Daos,

IO

6 Daonus, IO 6 Daonus, . 29

7 Evedorescus y Eyedoriscus, 18 7 Evedorachus, 18 Anedaphus, 8 Amenpsinus, 10 • Amphis, 10 9.

.

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9 Otiartes, 8 9 Otiartes, 8 10 Sisuthrus, 10 Xixutrus, . . 18 10 Xixutrus. 18

(a) Les Anciens divisoient le temps en Sares, en Neres, & en Soses. Le Sare; suivant Syncelle, marquoit trois mille fix cens ans ; le Nere , six cens, & lę Sose, soixante ; ce qui donnoit à la durée des premiers regnes , un nombre infini d'années, chaqueRoi ayant regne plusieurs Sares; mais lorsqu'on ne regarde les Sares que comme des années de jours, le calcul de ces anciens Auteurs se rapporte assez exactement aux années données par Moyse aux premiers Patriarches. Voyez sur cela Scaliger, Petau, & les autres Chronographes, & en particulier l'Histoire univerfelle donnée par unc Societé d'Anglois.

Il n'est pas douteux que comme Alorus dans le système des Chaldéens, est incontestablement Adam, Xixutrus ne soit Noé. Aussi racontent-ils que ce fut de son temps qu'arriva le Deluge; en quoi, pour le dire en passant, les Auteurs Chaldéens sont plus fidelles que Sanconiathon, dont je parlerai dans la suite, lequel rapportant les dix premieres generations du monde naissant, & les dix qui les suivirent , par une prévarication inexcusable ne fait aucune mention de ce celebre évenement. Voici ce qu'en rapportent les Auteurs que je viens de citer (1).

(1) Voyez Cronus ou Saturne étant apparu en songe à Xixutrus , l'a- Syncel loc, vertir

que le quinziéme du mois Dæsius le genre humain feroit détruit par un Deluge, & lui ordonna de mettre par écrit l'origine , l'histoire , & la fin de toutes choses ; & de cacher sous terre ses Mémoires, dans la Ville du soleil, nommée Sippara ; de construire ensuite un Vaisseau, d'y mettre les provilions necessaires, & d'y entrer , lui , ses parens & ses amis , & d'y enfermer les oiseaux & les animaux à

quatre pieds. Xixutrus exécuta ponctuellement ses ordres & fic un Navire qui avoit deux ftades de largeur , & cinq de longueur ; & il n'y fut pas plûtôt entré que la terre fut inondée.

Quelque temps après voyant les eaux diminuées , il lâcha quelques oiseaux , qui ne trouvant ni nourriture , ni lieu où se reposer , retournerent au Vaisseau. Quelques jours après il en lâcha d'autres , qui revinrent avec un peu de bouë aux pattes. La troisiéme fois qu'il les laissa envoler , ils ne parurent plus; ce qui lui fit juger que la terre commençoit à être suffisamment découverte. Il fit alors une ouverture au Vailseau , & voyant qu'il s'étoit arrêté sur une montagne, il en sortit avec sa femme , sa fille, & le Pilote; & ayant adoré la Terre, élevé un Autel & facrifié aux Dieux , lui & ceux qui l'avoient accompagné disparurent. Ceux qui étoient demeurés dans le Vaisseau ne les voyant point revenir , fortirent & les chercherent vainement : seulement une voix se fit entendre , & leur annonça que la pięté de Xixutrus lui avoit merité d'être enlevé dans le ciel, & d'être mis au nombre des Dieux , avec ceux qui l'accompagnoient. La même voix, Tome 1.

L

les exhorta à être religieux, & à fe transporter à Babylone, après avoir déterré à Sippara les Memoires qui y avoient été déposés. La voix ayant cessé de se faire entendre , ils allerent rebâtir la Ville qu’on vient de nommer, & quelques autres.

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و

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CH A P I T R E II.

Theogonie des Pheniciens. ANCONIATHON, Prêtre de Beryte, qui vivoit à ce

qu'on prétend, avant la guerre de Troye, avoit écrit sur

la Cosmogonie, & sur la Theogonie des Pheniciens. Eusebe (1) Prep. qui nous a conservé un long Fragment de ce Traité (1), Evang. L. 1.

rapporte en faveur de cet Auteur un passage qui ne doit pas être suspect , puisqu'il est tiré de Porphyre , le plus grand enneni que les Chrétiens ayent jamais eu. Cet Auteur raconte que Sanconiathon avoit écrit sur les Juifs, des choses trèsveritables ; qu'il étoit conforme à leurs Ecrivains, & qu'il avoit appris plusieurs des circonstances qu'il rapporte , de Jerombaal, Prêtre de Jevo ; qu'il avoit dedié Jon Ouvrage à Abibaïl Roi de Phenicie : que non seulement ce Prince , mais ceux qui avoient ordre d'examiner les Livres, étoient convenus de la verité de l'Histoire de cet Auteur ..... Enfin qu'il avoit tiré ce qu'il avançoit, partie des Actes des villes particulieres, & partie des Are chives qui se conservoient avec soin dans les Temples

. Le temps nous a enlevé l'Ouvrage de cet ancien Auteur ; il subsistoit encore dans les premiers siecles du Chriftianisme, puisque c'est vers ce temps-là, c'est-à-dire vers le regne des

Antonins, que Philon de Byblos le traduisit en Grec, & le (2) Voyez divisa en neuf Livres (2). Dans les Préfaces qu'il y avoit Eusebe. Ibid. ajoûtées , il disoit ,

» que Sanconiathon, homme sçavant & • de grande experience , souhaitant avec passion de connoître

les Histoires de tous les Peuples , & les connoître dès leur origine , avoit fait une perquisition exacte des Ecrits de

Taaut, persuadé que comme il avoit inventé les Leto tres, il étoit aussi le premier des Historiens. C'étoit donc dans les Ouvrages de ce chef des Sçavans, du celebre:

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Mercure, que l'auteur Phenicien avoit puisé le fond de fon Histoire. Après cela il blânie les Grecs d'avoir tourné en froides allegories , ou en explications physiques , des faits très-réels ; & de ce qu'ayant voulu allegoriser l'histoire des Dieux, ils l'avoient entierement renversée, en introduisant à la place de la verité, des idées chimeriques , & des mysteres qui n'avoient pas plus de réalité.

Cette traduction , quoique visiblement interpolée par Philon, & accommodée aux idées des Grecs de son temps, comme il paroît par ce qui nous en est resté, ne subsiste plus présentement ; mais Eusebe nous en a conservé un long fragment, & c'est tout ce que nous en avons.

Malheureusement encore , car il est bon de donner une idée nette & exacte de ce fragment; outre qu'il est interpolé par Philon, ainsi qu'on vient de le dire , Eusebe en le rapportant,

au lieu de l'avoir copié tel qu'il étoit , y a mêlé, comme on jugera aisément en le lisant avec attention, non seulement les reflexions du Traducteur Grec, mais aussi les fiennes propres ; ce qui diminue beaucoup l'autorité de ce précieux reste des antiquités Pheniciennes : n'étant

pas

tolljours aisé de distinguer ce qui est de Sanconiathon , d'avec ce qui n'est que de Philon ou d'Eusebe. Il est bien clair, par exemple , que lorsqu'il est parlé des Grecs, comme quand il dit que, trompés par des mots équivoques, ils ont pris une chose pour une autre ; ou lorsqu'en parlant de Thot ou Thaut, on ajoûte que c'est le même que les Grecs nomment Hermès ; il est clair , dis-je, que ces reflexions sont de Philon ou d'Eusebe ; car, si Sancơniathon est aussi ancien qu'on le prétend , les Grecs n'étoient guere connus des Pheniciens du temps de cet Auteur ; ou du moins leur Religion , qu'ils avoient reçue des - Pheniciens eux-mêmes par les Colonies qui étoient venues s'établir parmi eux,

n'étoit

pas encore changée au point qu'elle l’étoit du temps d'Hesiode & d'Homere, qui n'ont vécu que plus de quatre cens ans après Sans coniathon.

Quoiqu'il en soit, voici le fragment , qui peut être divisé en trois parties. Ceux qui en voudront voir la traduction enviere, n'ont qu'à lire les Reflexions de M. Fourmont sur les

;

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