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PREFACE.

JE

E n'aurois point penfé à donner ces Lettres au Public, fi les Perfonnes à qui je les ai écrites, ne m'y avoient engagé. Elles m'ont perfuadé qu'elles pouvoient fervir à défabufer bien des gens qui donnent trop legerement à la Diablerie, & à déterminer les Ecclefiaftiques, les Juges & les Medecins, qui fe trouvent embarraffez dans ces occafions, fur le parti qu'ils doivent prendre.

J'ai confideré d'ailleurs, qu'il étoit de l'intereft de la Religion de s'oppofer aux erreurs populaires, dans les chofes qui la regardent effentiellement, & qui menent infenfiblement à la fuperftition, à l'impreté & à l'idolâtrie.

C'eft veritablement infulter à la Divinité, que de donner aux Démons un pouvoir abfolu fur les Elemens ; de les rendre maîtres de changer, quand

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bon leur femble, la difpofition du tems & des faifons; d'exciter des tempêtes, des tremblemens de terre, des inondations, des incendies, &c. de détruire les biens de la terre; de faire mourir les Hommes & les Animaux ; de bouleverfer les Empires, &c. pouvoir qui n'appartient qu'à Dieu feul.

C'eft faire tomber le Peuple dans l'idolâtrie, & l'engager par la crainte qu'on lui donne de ces intelligences à leur rendre un culte qui ne leur est point dû.

C'est encore infulter à la Religion, & à tout ce qu'il y a de plus Saint & de plus Sacré, que de les faire adorer dans les prétendues affemblées de Sorciers, d'y faire renier Crême & Baptême, & renoncer à Jefus - Chrift & à fon Eglife.

C'eft pareillement faire infulte à la nature des Anges, que de rabbaiffer le Démon jufqu'à fervir de monture aux Magiciens, aux Sorciers, & à tous ceux à qui il prend fantaisie de courir dans les airs,de paffer les mers,d'aller deProvince en Province, &c. de s'y faire voiturer d'un tems de pluie, de neige, de

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vents, frimats, &c. de l'affujettir au caprice d'un malheureux, qui le traite en efclave, qui lui commande & lui fait faire les chofes les plus viles & les plus extravagantes, telles que font toutes celles que nous lifons dans lesLivres des Démonographes, qui font paffer des vifions, des rêves, des imaginations de gens foibles d'efprit, de Fanatiques, pour des chofes réelles.

Toutes ces confiderations m'ont déterminé à reprendre ces Lettres que j'avois abandonnées, à les revoir, & à les donner au Public.

Quoique je n'aye rien avancé dans les Matieres de Foy, qui ne foit conforme à la croyance de l'Eglife; & que je ne me fois point écarté de l'efprit de la Déclaration du Roy contre les Magiciens, Sorciers, & Empoifonneurs, du mois de Juillet 1682.

Cependant, s'il fe trouve quelque chofe dans ce que j'ai dit, qui faffe quelque difficulté, & qu'on puiffe blâmer juftement, je fuis prêt de le corriger, & même de me dédire.

Si ces Lettres fe trouvent du goût des Perfonnes curieufes, j'en pourrai

donner d'autres dans la fuite fur lesSpectres, les Fantômes, l'Aftrologie judiciaire, les Talifmans, la Pierre Philofophale, la Sympathie, l'Antipathie, & quelques autres matieres de

cette nature.

A MONSIEUR

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