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diterranée, de l'Archipel , & dans la Grece , emmenerent avec eux quelques-uns de ces Prêtres pour avoir soin des choses qui concernoient la Religion; & que ces Prêtres en instruisirent les Grecs, lorsqu'ils reçurent le Culte des Dieux que ces Etrangers étoient venus établir dans leur Pays ?

On ne niera pas cette supposition , puisqu'on convient qu'Inachus , qui conduisit dans la Grece la premiere Colonie , y communiqua l'usage de cette Langue sacrée , c'est-à-dire , les Hieroglyphes qui servoient à l'exprimer. Long-temps même avant l'arrivée de cette Colonie , les Egyptiens avoient commencé à instruire les Grecs sur les matieres de la Religion. « Les Pelafges qu'on doit mettre au nom» bre des plus anciens Habitans de la Grece , hono» roient , dit Herodote, des Dieux dont ils n'ayoient. » aucune connoissance, leur offrant en general leurs » Prieres & leurs Sacrifices. Comme ils youlurent en»-fin sçavoir leurs noms, ils consulterent l'Oracle de » Dodone, le seul qui fût alors dans la Grece, où » ils les apprirent des Etrangers qui le desservoient. Or l'Oracle de Dodone, selon le même Auteur, avoit été établi par une femme Egyptienne, & ces Etrangers qui inftruisirent les Pelafges, ne pouvoient être

que des Egyptiens. Mais quand même quelques-uns des Dieux auroient tiré leur origine de la Grece, ou qu'ils l'auroient conquise, comme Jupiter & les Princes Titans; & qu'à l'occasion de cette Conquête on auroit faic . leur Apotheofe dans des temps où les Grecs igno

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roient l'usage des lettres , n'y a-t'il pas plusieurs manieres de transmettre à la posterité les faits éclatans ? Des Fêtes, des Jeux, des Hymnes , des Cantiques, des Colomnes, des Monceaux de terre , un amas de pierres,ou enfin une tradition transmise de pere en fils: tout cela étoit capable de faire connoîtreces Hommes celebres qui avoient merité les honneurs divins : & dès-làil n'est donc pas impossible de sçavoir leur hiftoire, & les explications historiques qu'on donne des Fables qu'on ya mêlées, ne sont pas sans fondement.

Il arrive quelquefois dans le monde des évenemens si celebres, qu'on ne les oublie point. Tels ont été dans l'Antiquité les Conquêtes des Princes Titans, que l'Ecriture sainte dit avoir dominé sur la terre ; & celles de Bacchus , ou Osiris : & de quelque maniere que le souvenir en soit passé à la pofterité, il est sûr qu'on ne les a pas ignorées, & que Diodore de Sicile & les autres Anciens qui en ont écrit l'Histoire , ne l'avoient pas inventée.

Que les Dieux du Paganisme ayent été les Patriarches des Hebreux, comme le prétendent plufieurs Sçavans; ou qu'ils ayent été d'anciens Rois d'Egypte & de Phenicie , & des autres Peuples voifins , c'est ce que je n'examine pas présentement; mais toûjours est - il certain qu'on connoissoit leur Histoire , & qu'on avoit des traditions sur lesquelles on pouvoit compter.

S'il est vrai après ce que je viens de dire , qu'on peut ramener à l'Histoire les Fables des Dieux , personne, je crois, ne doutera qu'on ne puisse en faire du temps fabuleux

moins autant de celle des Heros & des Demi-Dieux, puisque les Grecs ont été en état de nous la transmettre. Il est inutile de rechercher présentement jufqu'à quel temps ils demeurerent sans avoir l'usage des Lettres : personne ne doute au moins qu'ils ne l'ayent reçu de Cadmus qui leur apporta l'Alphabet Phenicien, comme je le prouverai en son lieu. Or les Heros de la Grece & les évenemens qui donnerent lieu à leur Heroïsme , sont pofterieurs à l'établissement de la Colonie qui vint fous la conduite de ce Chef s'établir dans la Béotie; par consequent dans un temps où les Grecs ne manquoient pas de secours pour écrire leur Histoire. Le nom de

que

Varron donne aux fiécles , où les Heros parurent , & qui ( selon Scaliger ) auroient dû être nommés les temps heroïques , ne porte nullement à croire qu'on n'en fçavoit rien de certain , puisque la Conquête des Argonautes ,

la Guerre des Centaures & des Lapithes , les Travaux d'Hercule , les deux Guerres de Thebes & celles de Troye, sont des évenemens qu'on ne sçauroit revoquer en doute : ce sçavant Romain ne leur a donc donné le nom de temps fabuleux, qu'à cause que l'Histoire de ces évenemens se trouve mêlée d'une infinité de fictions , ce qui ne doit pas paroître étonnant : car si l'on a reproché tant de fois aux Grecs d'avoir facrifié la verité au panchant qu'ils avoient pour le merveilleux, dans des Histoires plus connues & plus récentes, comment l'auroient-ils respectée quand il s'agissoit de ces temps

éloignés,

éloignés , sur lesquels il n'étoit pas aisé de les démentir?

Donnons encore un nouveau jour à cette réponse. Les Grecs ont été instruits par les Peuples de l'Orient, & en particulier par les Egyptiens , de l'Histoire des Dieux qui avoient vécu dans l'espace de temps que Varron nommoit les temps inconnus. Cadmus leur apprit l'usage des Lettres , & les mit en état d'écrire eux-mêmes l'Histoire de leurs Heros, cest-à-dire celle des temps fabuleux. Les Ouvrages qui la contenoient , fubsistoient apparemment du temps d'Hesiode & d'Homere., qui en tirerent le fond de leurs Poëmes , ou le puiserent du moins dans une tradition encore assez recente. Je fuis persuadé que ces Poëmes causerent la perte de la plâpart des autres Ouvrages plus anciens ; car il est arrivé plus d'une fois, qu’un bon livre a fait oublier & enfin disparoître ceux qui l'avoient précedé. Mais comme Homere & Hesiode n'avoient pas employé toutes les traditions qui étoient reçues de leur temps, les autres Poëtes qui font venus après eux , s'en font servis ; & c'est pour cela qu'on en trouve de fi differentes dans Sophocle, dans Euripide., & dans les autres Tragiques. Pour les Auteurs qui dans la suite ont recueilli en Profe l’Hiftoire de ces anciens évenemens , tels qu'Apollodore , Diodore, & quelques autres , ils ont tiré ce qu'ils en racontent , ou de cette même tradition, ou des Ouvrages qui subsistoient encore de leur

Tome. I

pre

temps ; & qui avoient eux-mêmes été composés sur d'autres encore plus anciens.

C'est ainsi que s'est conservée d'âge en âge l'Hiftoire des Dieux & des Heros, & c'est en même temps le fondement des Explications Historiques des Fables. Mais supposons pour un moment que

les Grecs n'écrivirent

que fort tard ; qu'Homere fut leur mier Auteur, & que leur Poësie commença par un Chef-d'oeuvre , ce qui seroit assûrement fort extraordinaire ; je soutiens encore que ce Poëte auroit eu assez de secours pour le fond de ses deux Poëmes. La Grece n'avoit rien de plus facré que les Fables , qui faisoient partie de la Religion ; & elles ne pouvoient pas perir , s'il m'est permis de m'exprimer ainsi. Les Peintures , les Statues, les Jeux & les Fêtes , en rappelloient sans cesse le fouvenir ; & Athenes qui, selon Pausanias , avoit de ces Statues & de ces Peintures dans tous les quartiers. de la Ville, & dans tous les Temples, auroit pû seule en conserver la tradition.

Ajoûtons encore que quelques Sages de la Grece peu contens des connoissances que leur avoient communiquées les Colonies qui étoient arrivées en differens temps dans leur Pays , allerent eux-mêmes en Egypte pour y en puiser de nouvelles ; qu'il y en eut même quelques-uns qui firent ce voyage avant la Guerre de Troye, c'est-à-dire, dans le temps même que Varron nomme le temps fabuleux. Diodore , qui avoit voyagé aussi dans ce Pays , l'affûre posi

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