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Les monumens antiques font propres à étendre les connoiffances. Ils expliquent les usages finguliers, ils éclairciffent les faits obfcurs ou mal détaillés dans les Auteurs, ils mettent les progrès des Arts fous nos yeux, & fervent de modéles à ceux qui les cultivent. Mais il faut convenir que les Antiquaires ne les ont presque jamais envisagé sous cè dernier point de vûe : ils ne les ont regardés que comme le fupplément & les preuves de l'histoire, ou comme des textes isolés, fufceptibles des plus longs commentaires. Il leur étoit bien difficile de ne point abuser d'un fçavoir acquis par la lecture des Anciens, dont ils étoient remplis ; auffi l'ont-ils prodigué quelquefois fur des fujets qui pouvoient tout au plus donner lieu à quelques conjectures. Ils auroient dû cependant obferver que parmi les reftes précieux d'antiquités qui font venus jusqu'à nous, il s'en trouve un grand nombre qui n'étant que de fimples fragmens, ne fçauroient indiquer le

tout dont ils font détachés; & que dans cette étude il faut fouvent ofer ignorer, & ne pas rougir d'un aveu qui fait plus d'honneur que l'étalage pompeux d'une érudition inutile. Ce n'eft pas que je ne refpecte les veilles que les Antiquaires confacrent à concilier les monumens avec l'histoire ; je voudrois feulement que cette conciliation se fît sans prévention de leur part, & fans faire violence à l'Auteur qu'ils interprétent : je voudrois qu'on cherchât moins à éblouir qu'à instruire, & qu'on joignît plus fouvent aux témoignages des Anciens la voie de comparaison qui eft pour l'Antiquaire ce que les obfervations & les expériences font pour le Phyficien. L'inspection de plufieurs monumens rapprochés avec foin en découvre l'usage, comme l'examen de plufieurs effets de la nature combinés avec ordre en dévoile le principe : & telle eft la bonté de cette méthode, que la meilleure façon de convaincre d'erreur l'Antiquaire & le Phyficien, c'est

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d'opposer au premier de nouveaux monumens, & au fecond de nouvelles expériences. Mais au lieu que le Physicien ayant toûjours, pour ainfi dire, la nature à fes ordres, & ses inftrumens sous la main, peut à chaque instant vérifier & multiplier fes expériences, l'Antiquaire au contraire est souvent obligé d'aller chercher au loin les morceaux de comparaison dont il a besoin; & nous devons avouer que, malgré nos richesses en ce genre, ce n'est pas en France qu'un Antiquaire trouveroit le plus à s'inftruire. C'est en Egypte, où les différens peuples qui s'y font fucccffivement établis, ont laiffé des traces de la variété de leur goût; c'est dans la Gréce, où, fi les Turcs permettoient de fouiller, on trouveroit encore fous les ruines éparses de plufieurs villes célébres quelques restes de ces chefs-d'œuvres qui faisoient autrefois sa beauté & fon ornement; c'eft en Italie furtout, où la puiffance des Romains a porté les dépouilles de l'Univers, où chaque pas

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conduit à un objet d'étude, où la terre, pour ainfi dire, docile aux vœux de l'Antiquaire, lui reftitue en détail & fans interruption les tréfors qu'elle femble n'avoir cachés dans fon fein que pour les fauver de la fureur des Barbares.

Heureusement pour les pays qui n'offrent pas les mêmes avantages, ces richesses ne périffent pas toûjours entre les mains de ceux qui les poffédent; la gravûre les rend communes à tous les peuples qui cultivent les Lettres : les copies multipliées, quoique deftituées de cette vie & de cette ame qu'on admire dans les originaux, ne laiffent pas de répandre au loin le goût de l'antique ; & en se réuniffant de différens côtés dans les cabinets des Curieux, elles y forment en quelque façon un corps de lumiére dont toutes les parties s'éclairent mutuellement.

On ne fçauroit donc trop exhorter ceux qui rassemblent des monumens, à les communiquer au Public; quelque peu nombreuse

que foit leur collection, elle peut offrir des fingularités que l'on ne trouve pas dans les plus amples cabinets : l'éclairciffement d'une difficulté historique dépend peut-être d'un fragment d'antiquité qu'ils ont entre leurs

mains.

Ce motif m'a engagé à publier ce Recueil d'Antiquités, & à mettre au cabinet du Roi une partie des morceaux qu'il renferme; bien moins parce qu'ils me paroiffent dignes d'y occuper une place, que pour les conserver & les mettre à l'abri des accidens que ces fortes de collections effuient à la mort des Particuliers.

Lorsque j'ai commencé à faire graver cette fuite, j'ai eu d'abord en vûe l'homme de Lettres, qui ne cherche dans les monumens que les rapports qu'ils ont avec les témoignages des Anciens. J'ai faifi ces rapports quand ils se font présentés naturellement, & qu'ils m'ont paru clairs & fenfibles; mais n'étant ni affez fçavant, ni affez patient pour

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