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Lui faisant voir ses vers, & sans force & fans graces,
Montés sur deux grands mots, comme sur deux échasses;

Ces termes sans raison l'un de l'autre écartés, 100 Et ces froids ornemens à la ligne plantés ?

Qu'il maudiroit le jour, où son ame insensée
Perdit l'heureuse erreur qui charmoit sa pensée !

Jadis certain Bigot, d'ailleurs homme sense, D'un mal aflez bizarre eut le cerveau blessé : 105 S'imaginant sans cesse, en fa douce manie,

Des Esprits bien-heureux entendre l'harmonie,
Enfin un Médecin, fort expert en son Art,

vouloient flatter Chapelain, avoient l'imprudence de lui dire, que son Poëme écoit au dessus de l'Eneide : & Chapelain ne s'en défendoit que très - foiblement,

D'insupportables maux une fuite ono

chainée. Liv. I.
Des fourcilleuses tours Sapper le fon-

dement, Liv. II, &c,

VERS 98. Montés sur deux grands VERS 99. Ces termes sans raison mots, comme fur deux échases.) "Dans l'un de l'autre écartés.) Les transpole Poëme de Chapelain on trouve fitions de mots, plusieurs vers composés de deux grands mots, dont chacun remplit

VERS 100. Et ces froids ornela moitié du vers. Notre Auteur, mens à la ligne plantés. ] Ce font pour se moquer de ces mots gi- les Comparaisons fréquentes que gantesques, citoit ordinairement ce Chapelain a employées, & qui ne yers de Chapelain :

manquent jamais de venir régulie

rement après un certain nombre de De ce sourcilleux Roc l'in- Roc

vers. Elles commencent par ces

mots; Ainsi, quand; &c, Ainsi, ébranlable çime.

lorsque, &c. & elles sont toûjours

enfermées en quatre ou hụit vers. Et il disposoit ce vers,

Le Poëte Lucile allégué par Cicecomme il est ici à côté.

ron, l. 3. de Orat, compare ces orneDans cette disposition il mens affectés à un Echiquier, & à. semble que le mot de Roc des Pavés en compartiment: soit monté sur deux écharses, qui sont, sourcilleux, &

Quam lepide lexeis composta, ut tef inébranlable.

Serulæ omnes, Il y a dans ce Poëme plusieurs Arte pavimento , , atque emblemate autres vers pareils.

verniculato!

De ce fourcilleux,

l'inébranlable cime.

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Le guérit par adresse, ou plutôt par hazard. .

Mais voulant de ses soins exiger le fálaire,
10 Moi? vous payer? lui dit le Bigot en colere,

Vous, dont l'Art infernal, par des secrets maudits,
En me tirant d'erreur, m'ôte du Paradis?
J'approuve son courroux. Car, puisqu'il faut le dire,

Souvent de tous nos maux la Raison est le pire. 115 C'est elle qui farouche, au milieu des plaisirs,

D'un remords importun vient brider nos desirs.
La Fâcheuse a pour nous des rigueurs fans pareilles;
C'est un Pédant qu'on a sans cesse à fes oreilles,

E iv

tiis, c. 3.

IMIT. Vers 103. Jadis certain part, & fe réjouissoit de leur reBigot. Horace décrit la folie d'un tour, comme fi effectivement ces Citoyen d'Argos, lequel étant seul vaisseaux eussent été à lui. Elian. allis sur le théâtre, où il ne paroif- l. 4. ch. is. soit ni Acteurs, ni Spectateurs, s'imaginoit entendre les plus belles

Galien dit, qu'un Médecin, nomTragédies du monde.

mé THÉOPHILE, étant malade,

s'imaginoit voir dans un coin de fa Fuit haud ignobilis Joueurs d'inftrumens, dont il en

Chambre, des Musiciens, & des Argis,

tendoit la voix & l'harmonie.

Galien. lib. de Symptomatum differenQui se credebat miros audire Tragædos,

IMIT. Vers 117. La Fâcheuse a In vacuo lacus seror plauforque pour nous des rigueurs sans pareilles.) theatro, &c. Notre Auteur applique à la Raison

ce que Malherbe a dit de la Mort. Horat. L. II. Ep. II. 129. & fqq.

La Mort a des rigueurs à nulle autre Aristote raconte la même chose

pareilles ; d'un homme d'Abyde, 1. 6. de reb.

On a beau la prier: mir. Elien , dans ses Histoires diverses, rapporte un genre de folie

La Cruelle qu'elle est le bouche les presque semblable. Un Athénien,

oreilles, nommé THRASYLL E, s'en alloit au port de Pirée, où, s'imaginant

Et vous laisse crier. que tous les Vaisseaux qui étoient dans ce port lui appartenoient, Ş. VERS 118. C'est un Pédant il en tenoit un compte exact; il qu'on a sans cesse à ses oreilles.] Des donnoit les ordres pour leur dé- Marêts a remarqué cette cacopho

Qui toûjours nous gourmande, & loin de nous toucher, 120 Souvent, comme Joli, perd son temps à prêcher.

En vain certains Rêveurs nous l'habillent en Reine,
Veulent sur tous nos sens la rendre Souveraine,
Et s'en formant en terre une Divinité,

Pensent aller par Elle à la Félicité. 125 C'est elle, disent-ils, qui nous montre à bien vivre.

Ces discours, il est vrai, sont fort beaux dans un livre.
Je les estime fort : mais je trouve en effet,
Que le plus fou souvent est le plus fatisfait.

& que

nie : sans celle à ses &c. Mais peut- meilleur Prédicateur,

Mr. être que Mr. Despreaux l'a laissée Joli étoit plus grand Comédien. Il exprès, afin que le son du Vers ré- étoit alors Curé de S. Nicolas des pondit mieux à la chose qui y est Champs. Il fut ensuite nommé à exprimée. DU MONTEIL. l'Évêche de S. Pol de Léon en Bre•

VERS 120. Souvent, comme Joli.) tagne,, & peu de temps après il obPrédicateur fameux, qui étoit ex: tint l'Évêché d'Agen. On a impritrêmement couchant & pathérique. mé plusieurs fois les Prônes, qui Les Libertins, qui avoient intérêt font estimés. Il étoit né en 1610. à de le décrier, comparoient les talens Buri sur l'Orne, dans le Diocèse de de Mr. Joli avec ceux de Moliere; Verdun en Lorraine, & il mouruc mais ils disoiene que Moliere étoit en 1678.

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73

S A T L R E D.

A M, LE MARQUIS
DE D

D A N G E A U.

L.

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ya Noblesse, DANGEAU, n'est pas une chimere,
Quand sous l'étroite loi d'une vertu sévere,
Un homme issu d'un fang fécond en Demi-Dieux,
Suit, comme toi, la trace où marchoient fes Ayeux.

Mais je ne puis souffrir qu'un Fat, dont la mollesse
N'a rien pour s'appuyer qu'une vaine Noblesse,
Se pare insolemment du mérite d'autrui,
Et me vante un honneur qui ne vient pas de lui.

Je veux que la valeur de ses Ayeux antiques 10 Ait fourni de matiere aux plus vieilles Chroniques, Et que l'un des Capets, pour honorer leur nom,

Ev

Cette Satire a été faite en l'année porte les armes

de France, par con1665. L'Aureur y fait voir que cession du Roi Philippe Auguste, qui la véritable Nobleffe consiste dans étoit un des Défcendans de Hugues la Vertu , indépendamment de la Capet, Chef de la troisieme Race Naiffance. Juvénal a traité la même de nos Rois. Philippe Auguste ayant maciere dans sa Satire VIII. & Sé- été renversé de deflus fon cheval à nėque dans la quarante-quatrieme la Bataille de Bovines, Adeodat, ou de les Epitres.

Dieu donné d'Estaing, l'un des vingt

quatre Chevaliers commis à la IMIT. Vers 8. Et me yante un garde de la Personne Royale, aida à honneur qui ne vient pas de lui.) tirer ce Prince du péril où il étoit,

& fauva aussi l'Écu du Roi, sur leQui genus jactar fuum, quel étoient peintes fes Armes. En Aliena laudat. Senec. Hercul. Fur. récompense d'un service si imporA&. II. Sc. II. v. 340.

tant, le Roi lui permit de porter les

Armes de France, avec un Chef d'or VERS 11. Et que l'un des Ca- pour brisure. pets

Ait de trois flenrs de Dans le temps que l'Auteur com'lis &c.) L'illuftre Maison d'Estaing posa cette Satire, JOACHIM, Comce

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Ait de trois fleurs de lis doté leur écusson.
Que sert ce vain amas d'une inutile gloire ?

Si de tant de Héros célèbres dans l'Histoire, 15 Il ne peut rien offrir aux yeux de l'Univers,

Que de vieux parchemins qu'ont épargnés les vers ;
Şi, tout sorti qu'il est d'une fource divine,
Son cæur dément en lui fa superbe origine;

Et n'ayant rien de grand qu'une fotte fierté, 20 S'endort dans une lâche & molle oisiveté?

Cependant, à le voir avec tant d'arrogance
Vanter le faux éclat de la haute naissance;
On diroit que le Ciel est foûmis à la loi,

nempe volucrem

d'ESTAING, travailloit à re, quatre vers, qui ne répondent point
chercher les Antiquités de la Mai- à la beauté de la Pièce.
fon, dont il a dressé des Mémoires, IMIT, Ibid. Dites-moi,grand Hé-
Cette recherche, qu'il faifoit avec ros,&c.) Ce'vers & les neuf suivans,
beaucoup d'affećtion, l'engageoit sont une imitation de ceux-ci de
à parler fouvent de la concession Juvénal, Satire VIII. v. 56. & suiv.
des fleurs de lis : & l'on trouvoit
qu'il en parloit avec un peu trop

Dic mihi, Teucrorum proles; anide complaisance. C'est ce que no

malia muta tre Poëte a voulu marquer en cet endroit.

Quis generosa putet , nifi fortia ? VERS 12. Doté leur éculo fon.) Dans quelques éditions, on Siç laudamus Equum, facili cui plus lit: Doré leur éculon; mais c'est

rima palma une faute.

Fervet , & exsultat rauco victoria
VERS 29. Dites-moi, grand Hé-

Circo.
ros, &c.) Les quatre vers qui pré-
cédent celui-ci, ont été ajoutés par

Nobilis hic, quocumque venit de l'Auteur dans l'édition de 1713.

1

gramine, cujus commencée à la fin de sa vie. Il les ajouta, pour empêcher que l'on Clara fuga ante clios, & primus in s ne crût que l'Apostrophe contenue dans ce vers, s'adresse à Mr. de

æquore pulvis. Dangeau lui-même. Bien des gens Sed venale pecus, Corytha pofteriy avoient été trompés. Mais, comme cette erreur est visible, il auroit pu se dispenser d'ajouter ici ces Hirpini, fi rara jugo vi&oria fedit,

tas,

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