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biens furent rendus à ceux qui en avoient été dépouillés. Non-content de donner par-là des preuves d'une clémence digne d'admiration, il voulut en faire fentir les doux effets à tous les Peuples de la Monarchie, en leur remettant les arrérages des Impôts, dont il fit jetter au feu tous les Regiftres. Ce procédé qui fembloit annoncer un Régne des plus doux, fit que fon avénement à la Couronne fut univerfellement célébré & applaudi; parce que jamais un Prince n'eft vû de meilleur ceil, ni plus chéri des Peuples, que quand il répand fur eux des bienfaits à pleines mains. Enfin Witiza, pour rendre la premiére année de fon Régne plus refpectable, & pour fe conformer à l'ufage des Rois fes Prédéceffeurs, fit célébrer à Toléde un Concile, dont XVIII, de les Actes font péris; ce qui me met hors d'état de fçavoir

Concile

Toléde.

les affaires qui y ont été traitées (4). Quelques-uns pré-
tendent que toutes ces démonftrations de piété, de géné-
rofité & de douceur, étoient l'effet de fon artifice pour s'af
fermir fur le Trône; mais il n'appartient qu'à Dieu feul de
lire dans le cœur humain. D'ailleurs, l'homme étant natu-
rellement capable de quitter la vertu pour fe livrer au vice,
L'on n'eft pas fondé à donner pour principe aux bonnes
actions qui ont été faites d'abord, la corruption qui ne s'eft
fait connoître que par la fuite *.

702.

Toléde eft en

tation.

Gunderic Métropolitain de Toléde étoit alors en grande Gunderic de odeur de vertu, & fa haute réputation fe trouva accrédigrande répu- tée par quelques Prodiges, dont on fut redevable à ses priéres. Il y a apparence qu'il apporta tous fes foins pour maintenir & faire fleurir la Difcipline Eccléfiaftique, & qu'il forma des Miniftres zélés pour la Gloire de Dieu, afin que la malice, qui devoit être portée fi loin dans les années fuivantes, trouvât encore des Ennemis qui lui fiffent la guerre (B).

ANNE'E DE
J. C.

701.

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704. Witiza Te

Cependant Witiza se voïant paifible poffeffeur de la plonge dans la Couronne, & en paix avec fes Voifins, commença de lâcher la bride à fes paffions. Aveuglé par les appas trom

débauche.

(4) ISIDORE de Badajoz.
(B) ISIDORE de Badajoz.

de fon cœur; mais je crois qu'il auroit pû s'en tenir à la fage refléxion de Jean de Ferreras, qui probablement ne l'auWitroit pas faite, s'il y eût eu lieu de penfer qu'il y avoit alors de la fourberie dans la conduite du Roi, fur tout puifqu'il ne ménage pas ce Prince par la fuite. peurs

L'Abbé de Vayrac, fur l'autorité
fans doute de Mariana, veut que
tiza ne fe paroit alors que des vertus
apparentes, lefquelles n'étoient que les
vices réels, qui couvoient dans le fond

ERE D'ES
PAGNE.

739.

740.

7421

PAGNE.

742.

peurs de l'impureté, il s'abandonna tout entier à la diffoRE D'ES-lution la plus débordée. Pour lors aucune femme ne pouvoit paroître aimable à fes yeux, fans être expofée à devenir bien-tôt la victime de fon incontinence. Sollicitations, préfens, careffes, tout étoit emploïé pour la féduire; & fi ces moïens ne réuffiffoient pas, il avoit recours à la violence, abufant ainfi de l'autorité qu'il avoit pour affouvir sa fa brutalité. Cette conduite dépravée ne put être long-tems ignorée du Public, qui ne l'apprit qu'avec douleur, & à qui elle caufa beaucoup de fcandale. Quoique le digne Gunde- Gunderic & ric & d'autres s'efforcerent fans doute, d'arrêter le cours d'autres tende tant d'abominations, le Prince voluptueux enyvré de fes détestables plaisirs, fut fourd à leurs avis & à leurs remontrances (A).

tent inutilement de l'en

tirer.

743.

705.

Le Roi fe livre à de plus

L'incontinence étant le vice qui aveugle le plus la raifon, Witiza qui continuoit toujours fes défordres, mit bas foute pudeur & toute confidération; de maniére qu'il n'é- grands excès. couta plus que fon goût & fon penchant pour le libertinage. Ainfi dépouillé de tous les refpects humains, qui ont coûtume de fervir de frein à la débauche, il ne fe contenta plus, comme il avoit fait jufqu'alors, de prendre pour objet de fa fenfualité, les femmes qui n'étant retenues par aucun engagement, pouvoient difpofer d'elles en vertu de leur liberté; il porta encore fes défirs jufques fur celles qui étoient liées par les liens du mariage. Tout lui étant alors indifférent, pourvû qu'il fe fatisfit, les femmes & les filles mêmes des Grands, ne furent pas moins expofées à fes entreprises criminelles, que celles du moindre Artifan. La liberté & le scandale, avec lequel il commettoit ces excès, firent bientôt changer en haine, la fatisfaction universelle que l'on avoit témoignée, lorfqu'il avoit pris les rênes du Ĝouvernement. Dieu qui difpofoit auffi le châtiment de tant de méchancetés, permit qu'Abdumalic XII. Calife des Sarazins ou Arabes étant mort le 10. d'Octobre, fût remplacé par fon fils Walid, dont les Généraux firent dans la fuite la conquête de l'Espagne (B).

Les Grands ne purent fe voir déshonorés dans la perfonne de leurs femmes & de leurs filles, fans être animés d'un vif reffentiment, qui leur fit naître la pensée de conspirer

ANNE'E DI

J. C.

704.

(4) Don ALFONSE le Grand, le|| (8) ELMACIN, & d'autres.

MOINE de Silos.

Tome II.

Ggg

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contre celui qui leur montroit tant de mépris. Redoutant ANNE'E DE néanmoins la violence de ce Monftre, qui n'avoit point

J. C.

705.

d'autre Loi que fa volonté, ils chercherent à fe mettre à
l'abri de fes infultes, quoique l'on puiffe facilement fe per-
fuader, qu'ils laifferent échapper quelques murmures con-
tre fes turpitudes affreufes & peu communes. Quelques-uns
affûrent auffi, que Gunderic Métropolitain de Toléde, tou-
ché du mal que caufoit le mauvais exemple du Roi, fit pour
remettre dans la bonne voie ce Prince égaré, de nouveaux
efforts qui furent auffi inutiles que les premiers.

706.
On confpire

za,

Witiza porta enfin fes excès scandaleux à un tel point,
contre Witi- qu'il fe forma quelques conspirations qui tendoient à lui
ôter la Couronne; mais elles ne purent être tenues fi fecré-
tes qu'elles ne parvinssent à sa connoiffance, malgré toutes
les précautions que l'on prit pour empêcher qu'elles ne
tranfpiraffent. Cependant, foit qu'il ne connût pas la pro-
fondeur du précipice qui s'ouvroit fous fes pieds, foit qu'il
fût retenu par la crainte d'être expofé à de plus grands
dangers, il fe contenta d'exiler quelques-uns des Conju-
Action bar. rés. Je m'imagine que ce fut pour lors qu'il bannit de To-
léde le Duc Théodofred, pere du Roi Don Rodrigue, l'en-
voïant à Cordoue, où l'on dit qu'il lui fit arracher les
pour le rendre inhabile à monter fur le Trône, & Don
Pélage, fils de Favila, qui se retira dans les Afturies, tous
deux Defcendans des Rois Gots. Il n'eft
pas facile de prou-
ver par les Monumens des trois Siécles précédens, que ces
deux Illuftres Personnages étoient de Sang Roïal; c'est
pourquoi quelques Siécles après, les Auteurs l'ont fait de
différente maniére. Pelage Evêque d'Oviédo a été, selon
moi, le premier qui l'ait avancé dans des Généalogies qu'il
a écrites à ce fujet, & dont Ambrofe de Morales a tiré une
Copie, que j'ai entre mes mains (A).

bare de ce
Prince.

yeux,

Il n'a point

Quelques-uns affûrent que Witiza craignant les révoltes, fait démante- fit démolir les murailles de toutes les Villes de fon Roïaume,

ler les Villes

d'Espagne. à la referve de celle de Tuy,

d'Aftorga & de Toléde *; mais

Gunderic ne peut le rame ner à la vertu.

(4) Chronique d'ALBAYDA; Lɛ MOINE de Silos.

* Mariana a adopté imprudemment cette opinion. L'Abbé de Vayrac en a fait autant dans fes Révolutions d'Ef pagne, fous prétexte que de célébres Hiftoriens l'out avancé ainfi; mais s'il

vouloit qu'on le crût fur un événement
qui paroit fi contraire à la vérité de
l'Hiftoire, il auroit dû nommer fes
autorités, afin de mettre les Sçavans à
portée de juger de leur crédit, & de
décider, s'il eft préférable à celui de
Jean de Ferreras.

ERE D'ES

PAGNE. 743.

7444

ERE D'ES

PAGNE.

744.

945.

c'eft à tort, parce que les Sarazins, lorfqu'ils entrerent en
Efpagne, trouverent beaucoup de Villes fermées
qu'ils
démantelerent en punition de la résistance des Habitans,
comme on le verra dans le cours de l'Histoire.

707.

Suites af

Le mauvais exemple de Witiza avoit déja entraîné dans l'abîme la meilleure partie des Membres de l'Etat, parce feules de les que les actions des Souverains fervent ordinairement de ré- défordres. gle pour celles des Sujets. Les Seigneurs & le Peuple étoient tombés dans le relâchement : la modestie, la chafteté & la tempérance Chrétienne commençoient à s'éclipfer, & à faire place à la gourmandife & à l'incontinence, qui faifoient de fi rapides progrès, que chacun entretenoit librement un commerce infâme avec les femmes qui leur plaifoient. A la vûe de tant de défordres, Gunderic Métropolitain de Toléde, d'autres Prélats & quelques Grands, dont les mœurs n'avoient pas été corrompues, prévoïant que les vices cauferoient la ruine de la Monarchie, firent tous les efforts imaginables, pour porter le Roi à convoquer un Concile National où des Conciles Provinciaux, afin de remédier au dérangement & aux abus qui s'étoient fi fort étendus dans l'Etat. Mais Witiza toujours esclave de ses paffions, & charmé de faire tomber tous les autres dans l'aveuglement où il s'étoit précipité, refufa de fe rendre à leurs follicitations, & fit même une Loi détestable, par laquelle il permit aux Eccléfiaftiques de fe marier, & à un chacun d'avoir autant de Concubines qu'il en fouhaiteroit. Avec cette licence, les crimes & les péchés s'accumulerent les uns fur les autres, parce que la plupart des Eccléfiaftiques contracterent des mariages facrileges, fans refpect pour le vœu de chafteté par lequel ils s'étoient liés, fçachant que le châtiment de leurs fautes étoit refervé au pouvoir du Roi de qui ils n'avoient rien à craindre ; & les Séculiers prirent un nombre de Concubines, profanant ainfi les Saintes Loix du Mariage (A).

Sur ces entrefaites Walid, Calife des Sarazins donna or- Expéditions dre à Muza un de ces Généraux & Gouverneur de tout des Sarazios le Païs conquis dans les Mauritanies, de fe rendre maître en Afrique. de tout ce qui reftoit à conquérir dans ces Provinces. Muza se mit auffi-tôt en Campagne à la tête de de ses Trou

(4) Don ALFONSE le Grand,

ANNE'E DE J. C. 706.

pes, & aïant rencontré les Bérébéres * qui s'étoient unis
pour lui résister, il leur livra Bataille & il les défit en-
tiérement. Après cette victoire, il alla affiéger la Ville de
Tanger, dont il s'empara, obligeant tous ceux qui fai-
foient profeffion de la Religion Chrétienne, d'embraffer le
Mahométisme. Glorieux de fes expéditions, il alla en ren-
dre compte au Calife Walid, & recevoir fes ordres pour
ce qu'il devoit faire, laiffant Taric ** à Tanger avec dix-
fept mille hommes (A).

Il paroît que vers ce tems mourut Gunderic Métropo-
litain de Mérida, dont j'ai déja fait connoître le mérite.
Son Succeffeur fut Sindéred, qui dût fa promotion à l'E-
pifcopat, à la faveur de Witiza. Malheureux Prélat, qui
fe condamna au filence par la crainte de déplaire à celui
à qui il étoit redevable de fa fortune (B).

708.! Lâche com

Quoique Sindéred eût la foibleffe de tolérer par fon fiplaifance de lence la vie licencieufe de Witiza, & fouffroit qu'à l'omSindéredpour bre de ce Prince débauché, l'on commit tant de crimes & le Roi.. tant de facriléges; plufieurs Eccléfiaftiques animés d'un faint zéle à la vûe du relâchement de la Difcipline Eccléfiaftique, & des défordres qui tendoient à la ruïne de la Monarchie, eurent la hardieffe de reprendre le Roi fur fa conduite déréglée & fur l'affreufe permiffion qu'il donnoit d'irriter la colére de Dieu. Sindéred au lieu d'appuier leurs démarches, comme il étoit de fon devoir, les châtia févérement au grand fcandale de tous les Fidéles, ne fouffrant point qu'il y eût quelqu'un qui ofât mettre un frein au vice (C).

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ANNE'E DE
J. C.

707.

Mort de Gunderic. Sindéred le remplace.

(4) L'ANONYME d'Andaloufie. NoVIEIRE & PAGI.

face des Révolutions d'Efpagne, & dif
férent de Tarif qui eut part à la conquête
de l'Espagne, & avec lequel Rodrigue
de Toléde le confond mal à propos. Par
fes longs fervices, il parvint à de grands
Honneurs Militaires, mais il ne paffa

en Espagne à la tête de fix cens
Hommes avec le Comte Don Julien,
quoique l'Abbé de Vayrac le dife dar s
Pendroit cité, oubliant que dans le corps
de l'Ouvrage, il marque qu'il y en-
tra avec douze cens Combattans, fi Ta-
ric & Taric Abincier font une méme
perfonne, après que Tarif qui y condui-
fit les fix cens Hommes, s'y était déja
établi.

(B] ISIDORE de Badajoz.
(C) ISIDORE de Badajoz.

Peuple de la Babarie en Afrique,
diftingué des Africains Naturels & des
Arabes. On les dit Originaires de l'Ara-point
bie Heureuse, d'où ils pafferent en Afri-
que avec leur Roi Melech - Ifiriqui. Ils
s'étendirent enfuite dans ce Païs, dont
ils conquirent la meilleure partie. C'eft
d'eux que defcendoient les Rois qui ont
régné à Tunis, à Trémécen & à Alger,
jufqu'à l'invafion des Turcs. DAPPER &
MARMOL.

**Il étoit fils d'un Affranchi, comme J'obferve l'Abbé de Vayrac dans fa Pré

ERE D'ES

PAGNE.

245.

746

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