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plus expérimentés & les plus braves, 1647. qu'on confioit l'honneur du pavillon François ; & jamais aucun de Dieppe ne s'en eft montré indigne.

La nuit du jour de l'arrivée de Leurs Majestés dans Dieppe, on fit fortir l'escadre qui portoit pavillon Espagnol, & elle se tint à neuf à dix lieues, sans pouvoir être apperçue. Le lendemain, l'escadre qui étoit fous les ordres de de Selne profita de la marée pour se mettre en mer, tous ses pavillons -blancs dehors : elle se présenta sous les fenêtres des appartements du Roi & de la Reine, & les falua de toute l'artillerie de leurs vaisseaux , qui delà firent route jusqu'en la grande rade. Pendant ce temps, l'escadre de Duquesne venoit à toutes voiles. Dès qu'elle fut à portée de celle de de Šefne, celui-ci lui tira trois coups de canon pour

lui faire déclarer son pavillon. Alors Duquefne arbora pavil. lon Espagnol.

Les deux efcadres se rangèrent en ligne ; & s'étant rapprochées, elles

donnèrent à Leurs Majestés, le fpe&acle · d'un combat qui avoit la plus grande

apparence possible de la vérité. Pour aider encore à cette ressemblance, on

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1647

avoit conduit à cet endroit, plufieurs vieux navires auxquels on mit le feu dans le fort de l'action. Chaque vaisseau s'accrocha & fit des décharges de canon & de mousqueterié, comme dans un veritable abordage. Enfin, après trois heures de combat, l'Escadre Françoise victorieuse, revint, en attendant la marée de la nuit pour entrer dans le port,

se mettre sous le. canon de la place, vis-à-vis les fenêtres des appartements de Leurs Majestés, que les deux escadres saluèrent d'une décharge de tous leurs can'ıns.

Le 3 Août, les députés du Parlement de Normandie arrivèrent à I ieppe, & faluèrent le Roi & la Reine. Ce fut M. Charles Faucon, ancien premier Président, père de Jean-Louis, en faveur de qui il s'étoit démis de la place, qui harangua Leurs Majestés au nom du Parlement ; mais ce vénérable vieillard tomba mort en sortant de l'appartement du jeune Monarque, qui fut très - sensible à cet accident.

Le même jour, par le plus grand hazard, il parut à la rade de Dieppe, deux vaiffeaux chacun de quarante canons : Chriftine, Reine de Suède,

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1647. prendre ; & elles firent l'honneur aux

bourgeois, de leur confier la garde de leurs personnes, pendant les trois jours qu'elles restèrent encore dans leur ville. Cette faveur attacha fi fort le cœur des habitants à leur jeune Prince, que nous les allons voir dans la conjonclure la plus critique, préférer le danger de périr, à la seule apparence d'avoir manqué de fidélité.

Sa Majesté, après avoir confirmé dans leurs places, les Echevins & les Capitaines de la bourgeoisie , partit de Dieppe avec la Reine régente le 6 Août. Les habitants, sous les armes, formèrent une ligne le long de la rivière jusqu'à la Chapelle de Bonne-Nouvelle , parce que Sa Majefté prit cette route, afin de passer par le chemin de Martin - Eglise à Arques, où s'étoit donnée la bataille de ce nom. Le fieur de Montigny, gouverneur de Dieppe, à la tête de quarante jeunes-gens des meilleures familles de cette ville, bien montés & en riche uniforme, suivit & garda Leurs Majestés jusqu'au premier poste, où leur garde ordinaire avoit eu ordre de les attendre,

Le Roi ayant fait arrêter, le 18 Jan.

1650.

vier 1650, les Princes de Condé, de Conti & de Longueville; la fæur du Prince de Condé, femme du Duc de Longueville, partit de Paris accompagnée d'une vingtaine de gentilshommes, à dessein de se faire un parti dans la Normandie, dont le Duc étoit le gouverneur.

Cette Princeffe fe rendit d'abord à Rouen, où elle fit tous ses efforts pour engager la capitale de notre Province à se déclarer pour les Princes. N'y ayant pu réussir, elle crut qu'elle seroit plus heureuse à Dieppe, parce que le fieur de Montigny, qui en écoit le gouverneur, étoit une des créatures de son mari. En effet, elle fut trèsbien reçue de ce commandant, qui la logea dans le Château.

Maîtreffe de ce Château & de la Citadelle, qui dominent la ville de Dieppe, Madame de Longueville crut que les habitants ne pourroient pas tenir pour le Roi, dans la pofition où ils fe trouvoient : en conséquence, elle réfolut de faire de cette ville, sa place d'armes , & dépêcha un courier à Bruxelles, pour qu'on lui envoyâr par Oftende , les troupes que certe Cour avoit promises aux Princes, en cas de

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